Archives mensuelles : janvier 2016

LX Factory, la nouvelle vie d’une usine

C’est l’histoire d’un pari un peu fou. Tout commence il y a 9 ans, en pleine crise économique, dans le quartier populaire et plutôt excentré d’Alcantara, à Lisbonne. Un gigantesque site industriel de plus de 23 000 m2 est alors complètement à l’abandon depuis de nombreuses années. Véritable plaie à ciel ouvert pour le quartier, le site est pourtant devenu en quelques années un des lieux phares de la capitale portugaise: la LX Factory. Une success story immobilière et financière comme on les aime, où tout le monde sort gagnant, à l’image de celle du Darwin Ecosystème!

Un modèle innovant, durable et performant

Quand la société Mainside a décidé de racheter les murs de cette friche industrielle, elle s’est lancée avec une approche totalement différente de celle des opérations immobilières classiques. La particularité, qui fait toute la différence, c’est que MainSide est non seulement l’investisseur, mais aussi le promoteur et l’exploitant du lieu. Elle n’investit donc pas pour faire un coup, mais pour mener un projet de longue haleine. Sans impératif de résultat à court terme, le concept a pu se mettre en place et s’affiner au fur et à mesure, c’est du sur-mesure!

Deux points clés ont alors assuré le succès du lieu

  • Des travaux minimalistes. Le lieu est resté aussi brut que possible, pour ne pas perdre son âme. Les murs et les façades sont restés dans leur jus, et on trouve même à certains endroits d’anciennes machines outils qui n’ont pas été déplacées. Les escaliers de secours sont des échafaudages. Bref, niveau travaux, l’investissement s’est limité à la mise en conformité et à l’isolation. L’avantage est double: créer une identité au lieu et limiter les frais (donc améliorer la performance financière).
  • Une nouvelle approche commerciale. Le quartier n’étant au départ pas franchement attractif, et alors qu’un promoteur classique aurait crée de grands lots à destination de grosses PME, la LX Factory a proposé des tous petits espaces (bureaux et commerces) à loyers très modérés. Cela attiré de nombreux freelances, créateurs, studios, tous indépendants.

Et la mayonnaise a rapidement pris. Grâce aux faibles loyers, les artisans, commerçants et restaurateurs ont pu prendre des risques et lancer des concepts innovants. Une dynamique créatrice s’est lancée et a attiré de plus en plus de monde. Les loyers se sont indexés au succès du lieu et ont augmenté au fur et à mesure pour atteindre maintenant un prix de marché, ni plus ni moins.

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Tout le monde en est sorti gagnant. La LX Factory héberge maintenant le plus grand co-working de la ville, certains de ses commerces sont devenus cultes. C’est le cas notamment de la librairie Ler Davagar ou de la pâtisserie Landeau. Ces concepts et fonds de commerce innovants ont créé de la valeur. Le lieu accueille environ 200 projets, la plupart dans le monde de la création, et plus de 1000 personnes y travaillent.  Au final, la performance économique  s’avère aussi bonne (si ce n’est meilleure) que pour une opération classique, le tout en permettant à des indépendants ou TPE de se lancer à moindre coût!

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L’âme de la LX Factory

Ce qui créé l’ambiance et l’identité si particulières du lieu, c’est son décor et sa programmation. La LX Factory est devenue le temple du street art. De nombreuses fresques en tapissent les murs.

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C’est aussi un lieu créatif et culturel incontournable à Lisbonne. La LX Factory accueille de nombreux événements: festivals, brocantes, concerts. Bref, c’est THE place to be!

Crédit photos: www.welovelisbon.net

 

Réinventer la ville ensemble et à moindre coût

« Pour le prix d’une étude de marché, on est capable de construire le marché ».

Désormais la ville se ré-invente avec et pour les citoyens. Ils se ré-approprient l’espace urbain à l’échelle d’un quartier avec des projets participatifs et ludiques qui lui créent une identité, c’est ce que l’on appelle du hacking urbain. Jérôme Glad, co-fondateur de Pépinière & Co, nous explique comment cela fonctionne.

Merci à Urbanews de nous avoir fait découvrir cette vidéo!

Bienvenue au Darwin Ecosystème

Il existe des lieux qui mettent en pratique toutes les théories autour de l’économie collaborative, de l’éco-responsabilité et des circuits courts. S’il n’en est pas l’emblème, le Darwin Ecosystème en est au moins le précurseur en France.

Un programme innovant et responsable

Pour des lieux comme celui-là, l’immobilier n’est plus uniquement un actif qu’il convient de rentabiliser. C’est aussi un outil au service de ses utilisateurs. Pensé pour favoriser les échanges et pour développer l’activité économique, il résulte d’une démarche socialement et écologiquement positive. Pour preuve, 80% des déchets sont recyclés, l’énergie est totalement verte et l’émission de gaz à effets de serre est 5 fois moins importante que dans des entreprises tertiaires classiques.

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Ancienne friche militaire située sur la rive droite de Bordeaux, le Darwin Eco-système s’étale sur 5 500m2 de terrain et héberge 190 sociétés. Cela représente 500 emplois dont 200 créés. Le site accueille aussi deux incubateurs, une pépinière dédiée au développement durable, mais également de nombreuses associations et des logements d’urgence gérés avec Emmaüs et le CCAS de la ville. A cela s’ajoutent un skate park et une offre culturelle très riche.

Un écosystème de plus en plus dense

Et les pistes de développement pullulent: une ferme urbaine a déjà commencé à voir le jour, un fablab, une auberge de jeunesse et même une cave d’affinage pour les fromages sont également à l’étude.

Evidemment, on y trouve déjà une épicerie et un café-restaurant, bios bien entendu.Magasin GénéralDarwin Passerelle

Loin d’être utopique, le projet s’avère rentable, et ce avec quasiment aucune aide publique (à peine 5% d’après son co-fondateur). Cerise sur le gâteau, la gouvernance est collective par le biais d’une association regroupant les Darwiniens volontaires.

Un bel exemple qui prouve qu’il est possible de réaliser une opération immobilière fructueuse tout en servant l’intérêt général.

En bref, si nous habitions à Bordeaux, le Darwin Ecosystème serait notre QG!

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Crédits photos: Darwin Ecosystème

 

Des monnaies parallèles pour un monde bien réel

Il est temps de mettre fin à un mythe. Non la monnaie n’est pas une évolution naturelle du troc. Elle ne doit son existence et sa suprématie qu’à deux choses: des échanges qui se passent toujours à plus grande échelle (jusqu’à la mondialisation actuelle), et la perte de confiance qui en découle.

Rendre service à son voisin représente effectivement bien moins de risque que de rendre ce même service à un inconnu à l’autre bout du pays. Si avec le premier on peut se permettre une dette informelle reposant sur la confiance (je te donne ça, à charge de revanche quand j’aurai besoin de ton aide en retour), c’est totalement inenvisageable avec quelqu’un que l’on ne connaît absolument pas. D’où l’argent, qui règne désormais en maître dans nos vies. Quoique…

Avec la remise en question de nos systèmes économiques et de nos modes de consommation, de nouvelles solutions se développent, non pas pour remplacer la monnaie unique, mais pour fonctionner en parallèle.

Des monnaies locales pour redynamiser les territoires

Partout dans le monde fleurissent les monnaies locales. Il en existerait plus de 5 000. Les précurseurs en la matière sont les suisses qui ont créé le WIR au début des années 30. En pleine crise économique, le but de cette nouvelle monnaie était alors d’aider les PME suisses à maintenir leurs échanges commerciaux, et ce alors même que les banques n’étaient plus capables d’accorder des prêts aux entreprises. Une situation qui n’est pas sans nous rappeler celle que nous vivons aujourd’hui, n’est ce pas ? Et c’est certainement ce qui explique le nouveau boom que connaissent actuellement les monnaies locales. Toujours est-il que le succès du WIR ne se dément toujours pas puisqu’aujourd’hui 65 000 PME suisses l’utilisent.

Ces monnaies locales ont un pouvoir fort sur l’économie d’un territoire. Ne pouvant être épargné, l’argent circule davantage. Et n’ayant aucune valeur en dehors du territoire concerné, il bénéficie uniquement aux acteurs locaux.

Autre avantage, et non des moindres, l’argent reste dans l’économie réelle et ne sert plus à spéculer. Un détail qui a son importance quand on sait que concernant l’euro, 2% à peine de la masse monétaire circule dans l’économie réelle.

 

Brixton Pound

Brixton Pound

Sol Violette à Toulouse

Sol Violette à Toulouse

Il s’agit donc d’un moyen efficace pour défendre les circuits courts et la consommation locale. C’est d’ailleurs l’une des solutions préconisée par le mouvement des Villes en Transition. Fondé par le désormais célèbre Rob Hopkins, ancien prof de permaculture, le mouvement a pour ambition de sensibiliser les habitants d’un territoire donné aux dangers liés à la fois au pic du pétrole à venir et aux changements climatiques. Afin de s’y préparer au mieux, il les invite à développer leur autonomie. Et la création d’une monnaie locale fait partie du panel d’actions conseillées.

Le sol-violette à Toulouse, le Stuck à Strasbourg, la Pêche à Montreuil, et depuis peu la Gonette à Lyon, la France n’est pas en reste et compte plus de 20 monnaies locales réparties partout sur le territoire. Mais c’est de l’autre côté de la Manche, dans la ville de Bristol que la monnaie locale fonctionne le mieux. La ville de 420 000 habitants, 300 000 Bristol Pounds sont en circulation, et le maire perçoit l’intégralité de son salaire dans cette monnaie locale.

Le temps, une nouvelle valeur

Certains poussent l’expérience encore plus loin, et proposent d’échanger autre chose que de la monnaie: du temps. Le but est là encore de renforcer les échanges locaux, mais cette fois en sortant de l’économie monétaire traditionnelle. L’échange se fait sur la base de ressources disponibles autre que la monnaie. Et ce système a donc aussi l’avantage de remettre dans la boucle tous ceux qui sont coupés des échanges classiques à cause de leurs faibles revenus.

Comment fonctionnent les banques du temps ? C’est un échange de services entre particuliers: jardinage, bricolage, cours de langue, informatique… Pour une heure de temps accordée à un autre utilisateur de la banque du temps, la personne se voit créditer une heure sur son compte et peut ensuite l’utiliser quand bon lui semble, pour le service qu’elle aura choisi. Les heures peuvent évidemment se cumuler, et comme pour toutes les autres banques il est possible dans certains cas de contracter une dette.

C’est comme souvent en période de crise que ce système alternatif se développe le plus. Ainsi à Athènes, plus de 1 200 personnes s’échangent régulièrement des services par ce biais.

Si certains les trouvent anecdotiques ou même folkloriques, ces nouvelles solutions d’échange sont pourtant le reflet d’un des défis majeurs de notre société: redistribuer les cartes du pouvoir en sortant du système classique et en créant de nouveaux cercles de confiance. Alors que les inégalités n’ont jamais été aussi élevées dans le monde, l’enjeu est de taille !

L’art de la procrastination #3

C’est vendredi, et vous avez envie de prendre la clé des champs? En attendant le week-end, venez  jouer à Speedfarming 2050 pour devenir l’agriculteur du futur! Sur son site, Arte vous propose d’expérimenter par vous-même le fonctionnement d’une ferme urbaine et des différentes techniques de culture: hydroponie, aquaponie, aéroponie…  De quoi procrastiner une bonne demie heure tout en apprenant plein de choses intéressantes sur les différents modes de cultures hors sol.

(suite…)

L’économie collaborative, une chimère?

Le débat fait rage en ce moment. Le terme d’économie collaborative ne serait-il qu’un leurre? Un argument marketing d’un nouveau genre derrière lequel se cacherait un ultra-libéralisme toujours plus pernicieux? Ou alors s’agit-il d’une vraie disruption par rapport au modèle libéral ? Dans ce cas, le terme d’économie collaborative souffrirait tout simplement d’être galvaudé, utilisé à tort et à travers. A tel point que l’on ne discernerait plus la vraie économie collaborative de la « fausse ».

Loin de toute vision manichéenne des gentils contre les méchants, il est quand même important d’appeler un chat un chat. Le temps est donc venu de mettre les choses à plat et de clarifier les concepts.

 

Du share washing au share bashing

Après la mode du « tout écolo – tout bio », est arrivée celle du collaboratif. Il est désormais bien vu pour une entreprise de se revendiquer collaborative ou de montrer son enthousiasme pour cet univers. Quelques exemples ? Netflix, qui s’est auto-proclamé collaboratif pour la seule et unique raison que son modèle de consommation ne repose plus sur la propriété mais sur l’usage (un abonnement qui donne accès à un ensemble de séries et de films). Autre cas, celui de Carrefour, qui lance ses propres « fablabs ». Loin du vrai concept d’un fablab, ceux de Carrefour permettent simplement de personnaliser n’importe quel produit acheté dans le supermarché, avec un logo ou une photo.

Le problème, c’est qu’avec tous ces abus de langage, le terme d’économie collaborative a maintenant perdu tout son sens. Et ceux qui s’en revendiquent le plus (AirBnb ou Uber pour ne citer qu’eux) ressemblent finalement à s’y méprendre à des entreprises capitalistes des plus classiques. Loin de mettre en commun la valeur qu’ils ont créée, ils affichent des valorisations boursières à faire pâlir d’envie certaines sociétés du CAC 40 (25 milliards de dollars pour AirBnb).

Alors forcément, le vent tourne pour l’économie collaborative. D’abord considérée comme la solution miracle pour un système plus raisonnable, juste et respectueux de l’environnement, elle est devenue synonyme de tous les dangers. Précarisation des travailleurs qui perdent leur statut de salariés, amplification des inégalités patrimonialesOn l’accuse maintenant de tous les maux. L’économie collaborative ne serait finalement que de la poudre aux yeux derrière laquelle se cacherait une nouvelle forme d’ultra-libéralisme ? C’est peut-être aller un peu vite en besogne…

 

Un modèle qui doit encore prendre ses marques

Il faut d’abord s’entendre sur ce que l’on comprend par économie collaborative. Pour OuiShare, elle repose sur 5 piliers:

– la consommation collaborative: la consommation ne dépend plus uniquement d’un achat, elle peut aussi se faire sur la base d’un emprunt, d’un don ou d’une location.

– la finance collaborative: les particuliers investissent directement dans l’économie réelle en finançant des projets entrepreneuriaux, sociaux ou artistiques. (crowdfunding ou prêt entre particulier par exemple).

– une gouvernance horizontale: implication et participation de chaque membre d’une organisation, quelque soit son poste, au processus de décision.

– une conception ouverte et fabrication distribuée: les savoirs et savoir-faires sont libres, les outils de fabrication sont accessible à tous.

– la connaissance ouverte: les informations type données, codes ou programmes sont utilisables librement. Exemple: les logiciels libres.

Alors oui, il s’agit d’une profonde disruption par rapport aux modèles économiques prédominants. Et Rome ne s’est pas construite en un jour.

La notion d’économie collaborative se répand et sensibilise de plus en plus. Nous en avons déjà parlé de la tendance au job-out et Emmanuelle Duez le résume encore mieux que nous: les générations Y et Z ont des aspirations à mille lieux du système capitaliste actuel. « La jeunesse fait un pari, celui de faire passer le pourquoi avant le comment, la flexibilité avant la sécurité, l’exemplarité avant le statutaire, l’ambition de s’accomplir avant celle de réussir », nous explique Emmanuelle Duez.

Alors certes, il reste des défis à relever et des réponses à trouver.  Mais, parce que ,de plus en plus, nous voulons donner du sens à nos vies, parce que nous remettons en question nos modes de consommation et que nous cherchons un juste équilibre entre vie privée et vie professionnelle, un nouveau modèle doit voir le jour. Et nul doute que ce nouveau modèle sera celui de l’économie collaborative.