Archives mensuelles : mars 2016

Social Impact Bonds: la finance est notre amie

Seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. C’est sans doute ce qu’a dû penser notre Président en laissant sa secrétaire d’Etat chargée de l’Economie Sociale et Solidaire annoncer la création de « contrats à impact social », la version française des Social Impact Bonds. Car il s’agit ni plus ni moins de faire financer des actions sociales par des investisseurs privés et non plus par des subventions étatiques. Celui qui avait fait de la finance son ennemie n° 1, va-t-il laisser entrer le loup dans la bergerie ? Et bien non, car c’est un loup qui a montré patte blanche ! Explications.

Les limites de l’Etat Providence

C’est un fait qui jusqu’à récemment n’était absolument pas remis en cause: en France l’action sociale est considérée comme l’apanage de l’état. Nos associations sont donc financées à coup de subventions et de dons défiscalisables. Un système qui a ses avantages, certes, mais qui a abouti à la création de pléthores de petites associations, qui limitées par leur petite taille ne peuvent pas entreprendre d’actions majeures. En parallèle, avec un déficit abyssal et une croissance en berne, les caisses de l’état et des collectivités locales se vident inexorablement.

A bout de souffle, l’Etat doit donc trouver un nouveau mode de financement qui garantira le bon fonctionnement des actions sociales. Et pour trouver la solution, il n’a pas eu à chercher bien loin. De l’autre côté de la Manche, les Britanniques ont été les premiers à expérimenter les Social Impact Bonds. C’était il y a 6 ans et il s’agissait de financer des projets destinés à baisser le taux de récidive des délinquants de la Prison de Peterborough.

L’approche pragmatique et vertueuse des Social Impact Bonds

Pour ce faire, au lieu de recourir aux subventions publiques, 5 millions de livres ont été levées auprès de 17 investisseurs. Un objectif a été fixé: diminuer la récidive de 7,5%. Le gouvernement s’est alors engagé à rembourser (avec intérêt) les investisseurs à condition que l’objectif soit atteint. Une prime à la réussite est même prévue si l’objectif est dépassé.

Voilà comment fonctionnent les Social Impact Bonds: ils font peser le risque financier sur les investisseurs et non plus sur l’Etat. Seuls les projets qui fonctionnent sont donc pris en charge par la collectivité. Une obligation de réussite qui ne peut être que vertueuse. L’Australie, le Canada, le Portugal, l’Allemagne et d’autres utilisent déjà cet outil pour financer des causes telles que la réinsertion professionnelles, le surendettement ou la formation par exemple.

En 2014, le taux de récidive de la prison de Peterborough avait diminué de 8,4%. Dans l’histoire, tout le monde est content: les anciens détenus, les associations, les investisseurs, le gouvernement et la collectivité. Un système gagnant-gagnant que la France s’apprête enfin à expérimenter et qui soulagera les acteurs sociaux en mal de financement. L’appel à projets récemment lancé par la Secrétaire d’Etat a d’ailleurs déjà reçu de nombreuses candidatures.

Voilà qui ouvre un nouveau débat, l’Etat est-il en train de se faire uberiser ? L’affaire est à suivre !

Par Céline Beaufils

La politique collaborative au secours de la démocratie

Jacques a dit « le prochain président sera un inconnu ». Avec cette petite phrase subrepticement glissée en interview, M. Attali prédit-il l’ubérisation de la politique ? C’est en tout cas ce qui semble se passer. Avec 2017 en ligne de mire, de nombreuses initiatives citoyennes se mettent en place pour proposer une alternative aux partis politiques traditionnels. Voici venue l’ère de la politique collaborative.

Protéger la souveraineté du peuple

« Démos », le peuple et « Kratos », le pouvoir. Voilà l’étymologie du mot démocratie. Est-ce toujours bien le cas ? Loin de toutes considération politicienne et tous partis confondus, le pouvoir est-il toujours bien aux mains des citoyens ? C’est la question que semblent se poser de nombreux français qui expriment de plus en plus leur désintérêt, voir leur dégoût de la politique.

Déconnectée de la vie réelle, élitiste et conservatrice, la classe politique cumule les critiques en plus des mandats. Et elle a désormais bien du mal à emballer les foules : d’après une enquête du CEVIPOF, 82% des français ont une mauvaise image de la politique. Comme dans le monde de l’entreprise, la logique « top-down » où la France du haut commande la France du bas a fait long feu. Partout dans le monde, les démocraties sont confrontées à une profonde contestation du pouvoir politique. De nombreux mouvements tels que « Occupy Wall Street » aux Etats-Unis ou« Podemos » en Espagne se targuent de représenter les « 99% », l’intérêt général face au pouvoir d’une élite considérée comme corrompue.

La question qui se pose maintenant est de savoir comment partager le pouvoir politique sans basculer dans le court-termisme et la démagogie (à la réflexion, n’en sommes nous pas déjà arrivés là ?)

Les solutions citoyennes

Un peu en reste parce que davantage protégée de la crise par son système social, la France voit éclore elle aussi des projets populaires qui cherchent à faire en sorte que la politique ne soit plus une carrière mais un engagement citoyen. Puisque 88% des français estiment qu’il n’y a pas assez de renouvellement de la classe politique, il est temps de trouver des solutions pour faire émerger de nouvelles têtes et impliquer davantage les français dans la vie politique. Regroupées sous le nom de Civic Tech, elles forment un mouvement qui cherche à influer sur les institutions politiques en les rendant plus accessibles. En voici quelques unes :

Laprimaire.org et La Transition

L’ambition de ces deux organisations est de permettre aux citoyens de choisir leur candidat à la présidentielle. Une ambition légitime quand on sait que ceux qui sélectionnent traditionnellement les candidats et monopolisent la scène médiatique (c’est à dire les partis politiques) ne représentent que 0,58% de la population française.

Voxe.org

Un comparateur de programmes qui permet de confronter les propositions des candidats. Une manière de ramener de la clarté et de la transparence dans le débat politique et de permettre à chacun de choisir plus facilement son camp !

Mavoix

Une initiative qui s’est fixé comme objectif d’ « hacker l’Assemblée Nationale ». Concrètement, elle souhaite faire élire des députés qui ne voteraient selon les consigne d’un parti, mais en fonction des choix exprimés par leurs électeurs via une plateforme de vote

 

 

 

Comme les taxis parisiens à l’époque, les politiques ont tendance à se penser irremplaçables. Uber et les autres compagnies de chauffeurs privés nous ont montré que nul ne l’est.