Archives mensuelles : janvier 2017

Reconversion professionnelle à perpétuité

« Avant, on avait un job pour la vie, ensuite un job pour 6 ans, demain ce sera 6 jobs à la fois » tweetait il y a quelques jours Emmanuelle Duez. A l’heure où le monde du travail est en pleine mutation, il est un constat qui revient souvent : nos carrières sont de plus en plus polymorphes. Par leur mode d’abord : nous sommes toujours plus nombreux à cumuler ou alterner les périodes de travail en salariat ou en freelance. Mais aussi, et de plus en plus, par leur activité. Changer de métier n’est plus un doux rêve, c’est un accomplissement pour certains, une nécessité pour d’autres. Toujours est-il que nos vies professionnelles sont devenues de sacrées mutantes.

Le changement, c’est tout le temps

Qui n’a jamais pensé un jour faire son job-out ? Quitter un emploi bien rangé pour une carrière qui aurait plus de sens ? Et c’est un fait : 92% des diplômés de 2016 trouvent important de travailler dans une entreprise socio-responsable (étude Accenture). Une statistique qui révèle un vrai mouvement de fond, toutes générations confondues : la quête de sens dans le travail et dans le quotidien. La vie professionnelle n’est plus considérée comme une source d’aliénation mais d’épanouissement. Et c’est ainsi que certains rêves se transforment en ambitions…

En 2015, 14% des bac +5 ont changé de métiers au cours de leurs 2 premières années de carrière. On assiste à un véritable retour en grâce des métiers manuels. Tous les ans, ils sont des milliers de jeunes diplômés à mettre leurs costards au placard pour se lancer dans une carrière artisanale et manuelle. Qu’ils soient devenus bouchers, paysans ou fleuristes, tous avaient en commun une profonde déception et frustration face au monde de l’entreprise. Mais rien ne les empêchera dans quelques années de devenir les cols blancs qu’ils étaient destinés à être.

Et que dire des slashers ? Ces cumulards du freelance additionnent les métiers et changent de casquettes plusieurs fois dans la journée. Ils sont graphistes, rédacteurs ou développeurs de 9h à 11h, community managers ou livreurs Deliveroo de 11h à 14h et créateurs, couturiers ou photographes l’après-midi. En mélangeant allégrement activités « gagne-pain » et « passion », leur horizon professionnel semble sans limite.

Reconversion : mode d’emploi

Quand on ne veut plus perdre sa vie à la gagner se pose la question du « comment ». Par où commencer ? Retourner voir le CIO de votre ancien lycée ne vous mènera certainement pas à grand chose. Mais rassurez-vous, il y a d’autres manières de procéder.

En ce qui concerne la formation, nous n’avons que l’embarras du choix. En plus des classiques cours du soir,  les MOOCS permettent de se former à une multitude de domaines n’importe où et n’importe quand. D’une grande flexibilité et la plupart du temps gratuits, ces enseignements ont clairement le vent en poupe. Leur reconnaissance académique est d’ailleurs en bonne voie puisque certains cours en ligne valident désormais des crédits universitaires.

Quant à la reconversion en elle-même, certains ont depuis longtemps compris ce besoin de découvrir un métier dans toutes ses réalités avant d’en embrasser la carrière. C’est le cas du Mondial des Métiers qui s’adresse aussi bien aux étudiants qu’aux adultes en reconversion. Des centaines de métiers, des plus traditionnels aux plus innovants, y sont présentés par les premiers concernés : les professionnels. Signe des temps, le public adulte en quête de reconversion a vu sa population augmenter de 43% lors de la dernière édition (la prochaine se tiendra à Lyon du 2 au 5 février).

Pour un accompagnement plus personnalisé restent les cabinets de conseil ou les services de coaching. Celui qui fait le buzz en ce moment, c’est définitivement Switch Collective. Sorte de bilan de compétences nouvelle génération, son programme « Fais le Bilan Calmement » propose à tout à chacun  d’«inventer son propre parcours, sans pour autant tout plaquer du jour au lendemain ».  Reflet d’une génération nourrie aux TedTalks et pleine d’aspirations positives, Switch Collective dédramatise une situation qui en fait paniquer plus d’un : « Vous avez plein de doutes et d’angoisses, et c’est normal. Parce qu’on est dans un système à bout de souffle. Et c’est le système le problème, pas vous. »

Nous savons tous que nos carrières ne seront plus linéaires, elles seront ponctuées de haut et de bas, de périodes d’activité et de pauses, qu’elles soient volontaires ou non. A partir de ce constat, il devient plus facile de « prendre le risque » de se reconvertir car ce risque est désormais accepté comme étant devenu intrinsèque à toute carrière. Envie de slasher ou de switcher ? A l’eau vous pouvez vous jeter!

Par Céline Beaufils

La Ville Récréative: vers une ville kids friendly

Dans un environnement urbain où tout est cartésien, rapide et optimisé, quelle place laisse-t-on au ludique, au désordre, à l’inattendu? Alors que partout dans le monde l’urbanisation est galopante, les enfants sont les grands oubliés de nos métropoles. A tel point que l’on parle désormais de « villes post-familles » ou de « childless cities ». Mais la crise qui dure et qui semble sans fin nous amène à considérer le tissu urbain sous un autre prisme que sa simple efficacité. Désormais l’urbanisme et l’architecture développent des approches sociales pour enfin construire une autre ville : une ville récréative.

No Kids in the block

Force est de constater que les villes ne sont pas des territoires particulièrement attractifs pour les familles. L’immobilier, toujours plus cher, force les foyers à habiter des espaces de plus en plus restreints. L’environnement extérieur quant à lui n’est pas beaucoup plus engageant. La circulation automobile est intense, l’air pollué, l’insécurité permanente. N’en jetez plus, le tableau est suffisamment dressé pour conclure que l’espace urbain se montre hostile envers les enfants.

Dans une ville que l’on veut « intelligente », tout est rationalisé, organisé, efficace. Les citadins en culottes courtes sont comme en détention, réduits à passer d’un espace clos à un autre : de la maison à l’école, de l’école au cours de musique… Même les espaces de jeux sont grillagés. Plus que l’amusement et la découverte, c’est la sécurité qui est devenue la priorité absolue de ces aires pour enfants. Aux Etats-Unis et même en France, certaines municipalités sont allées jusqu’à interdire les balançoires, jugées trop dangereuses.

Rares sont les enfants que l’on laisse jouer dans la rue. Et pour cause, les gardiens d’immeubles, les petits épiciers et tous ces autres « yeux de la rue » ont disparu, mettant fin à une certaine forme de surveillance collective sur laquelle pouvaient s’appuyer les parents. Les commerces de proximité ont désertés les villes pour laisser la place aux centres commerciaux des périphéries et les rues sont devenues trop anonymes pour y laisser gambader nos rejetons.

Les enfants n’ont donc plus d’espace de liberté où ils peuvent expérimenter, tester, laisser leur imagination s’exprimer et se développer. C’est un vrai problème à l’heure où tous les spécialistes s’accordent à dire que la créativité sera l’une des qualités les plus demandées dans le futur monde du travail. Et puis, à trop vouloir les protéger, nous ne les habituons pas à prendre la mesure des dangers ni à apprivoiser leur environnement.

L’ « aire » de la ville récréative

Restreint aux quelques zones parquées et ultra sécuritaires qui lui sont dédiées, l’enfant se retrouve exclu de la vie urbaine. Mais depuis quelques années émerge l’idée d’une ville récréative qui laisserait sa place à l’inorganisé. Les initiatives, principalement citoyennes et autogérées, sont nombreuses.

A contre courant des aires de jeux aseptisés, de nombreux « junk playgrounds » voient le jour. Il existe ainsi aux Pays de Galles Le Land, un terrain de jeux qui ferait frémir de nombreux parents. Dans ce qui ressemble plus à un terrain vague qu’à un square, les enfants ont de curieux jouets à disposition : des marteaux, des scies, des vieux matelas, des palettes de bois, du feu… Ils construisent des cabanes, brulent des cartons, se baladent sur le toit du petit préfabriqué, bref ils sont libres (et aucun accident n’a été à déplorer jusqu’à présent !). Ici, on fait confiance aux enfants et en leur capacité à s’auto-préserver.

Pour rendre la ville plus agréable, les « pockets garden » ont le vent en poupe. Ce sont de petits espaces urbains abandonnés ou inutilisés qui sont réaménagés en mini jardins publics. Autre signe des temps, on compte de plus en plus de jardins partagés et de jardins cultivés qui remettent l’humain et la convivialité au cœur de la ville. Le Street Art peut également avoir vocation à rendre la cité plus humaine et amusante.

Street Art récréatif   david-zinn-street-art-11
Crédits photos: David Zinn

L’urbanisme temporaire  et le hacking urbain ont eux aussi leur rôle à jouer. Le collectif « Rue aux enfants » fait partie de ceux qui ont importé en France le concept américain de play-street. On y bloque temporairement la circulation pour permettre aux enfants (et aux adultes) de s’approprier la rue et d’en faire un vrai terrain de jeux.

Ces dernières décennies de frénétique développement urbain nous l’avaient presque fait oublié mais l’espace public est un bien commun. Il doit rester un espace de liberté pour tous, y compris pour les enfants !

Par Céline Beaufils

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En 2017, soyons libres, soyons rebelles

C’est qu’il faut être sacrément optimiste, voire même un brin naïf, pour avoir confiance en l’avenir du monde. Quoique…

Une fois encore Emmanuelle Duez nous enthousiasme et nous inspire. Avec elle, le vocabulaire anxiogène et paralysant disparait: le mot « crise » se transforme en « mutation sociétale », « précarité » est remplacé par « flexibilité » et le fameux néologisme « ubérisation » devient tout simplement « innovation ». Et d’un seul coup, l’avenir parait moins sombre!

Un discours juste et dynamisant pour commencer cette nouvelle année (que nous vous souhaitons d’ailleurs joyeuse et remplie d’initiatives positives!).