Aux actes citoyens!

A l’heure où le vieux monde politique se noie sous une marée d’affaires et de scandales en tous genres, il est un nouvel éco-système qui est en train de voir le jour et qui, lui, donne de l’espoir. S’appuyant sur les Civic Techs, le mouvement est porté par l’envie commune d’un nombre croissant de citoyens : reprendre les choses en main.
Et c’est ainsi que Laprimaire.org a organisé tout au long de l’année 2016 une « primaire citoyenne » afin de présenter un candidat issu de la société civile à la présidentielle. Avec plus de 32.000 votants (soit presque le double de participants par rapport à la primaire d’EELV) et ce sans aucun relai médiatique, c’est la rennaise Charlotte Marchandise qui a été élue. Nous avons pu la rencontrer lors de son récent passage à Lyon.

Quand être citoyen prend tout son sens

Au delà de toute conviction politique, la démarche en elle-même vient apporter un souffle d’air frais et de modernité sur notre démocratie vieillissante. Charlotte Marchandise l’explique ainsi : « le but, c’est de sortir de la logique descendante, de créer des alliances. » Et en effet, le monde politique tel que nous le connaissons semble déjà d’un autre âge: le clivage gauche-droite, l’opposition public-privé, conservateur-progressistes… Ce sont des postures qui peuvent s’avérer néfastes et bloquantes dans un monde devenu ultra flexible et dont l’économie, elle, est déjà passée à autre chose. Le défi maintenant, c’est d’être constructif, de savoir sortir du cadre, d’inventer une nouvelle façon de vivre la démocratie pour la rendre plus dynamique, plus inclusive, et de lui permettre de répondre plus facilement aux nouveaux enjeux auxquels notre société est confrontée.

Et c’est en cela que laprimaire.org nous met tous face à nos responsabilités. Nous avons beau jeu de critiquer le système, et la diatribe du « tous pourri » risque d’en faire basculer plus d’un dans des extrêmes peu enviables. Cette primaire citoyenne nous a montré que nous pouvions faire autre chose que critiquer : nous pouvons proposer, nous pouvons participer directement au débat et à la « chose publique ». Pour cette grande première, 217 citoyens se sont portés candidats et pratiquement 128 000 ont participé de près ou de loin à cette élection citoyenne (dont 32 000 ont pris position en votant). Et la « bataille » fut constructive puisque plusieurs des candidats éliminés ont depuis rejoint l’équipe de Charlotte Marchandise. Point de querelle de basse-cour donc, ici on croit à la coopération, à l’horizontalité, à la co-construction.

La candidate élue reste dans cette lignée. Quand elle parle, elle dit « nous ». Elle ne se la joue pas à la Delon, non. Elle parle au nom de toute son équipe et ne revendique nullement la paternité de chaque idée ou de chaque proposition émise. Son rôle, elle le définit plutôt comme celui d’un porte-parole dont le but est de transmettre la richesse de tout ce qui se passe sur le terrain, au niveau local. Voilà une démarche certainement plus réaliste que celle de l’homme ou de la femme providentiel(le), omniscient(e) et qui a les solutions toutes trouvées dans son chapeau.

Un programme qui valorise l’intelligence collective

Ne nous voilons pas la face, cette candidature est surtout une candidature de témoignage, mais elle n’en reste pas moins réelle ni sérieuse. Rares sont les politiciens qui affirment sereinement ne pas savoir répondre à une question qui leur est posée. Charlotte Marchandise, elle, le revendique. « Il est impossible de tout savoir sur tout, mais par contre je veux créer un cadre politique dans lequel nous prendrons des décisions en faisant monter les initiatives citoyennes et en nous appuyant sur des scientifiques, sur la société civile et les gens directement concernés.»

Elle réfute également « la politique en silo où d’un côté on va développer les bus parce que c’est bon pour l’économie, et puis de l’autre côté pour l’écologie on va organiser la COP21. Aucune loi passée dans notre pays ne doit être néfaste à la santé, à la vie familiale, au bien-être et au bien-vivre des travailleurs. »

Son programme donc, elle le définit plus comme un « projet de société ». Le premier point : permettre aux citoyens d’être acteurs des décisions qui les concernent en fondant une VIème république qui donnerait le jour à une démocratie représentative et délibérative. Le but: dé-professionnaliser (on oserait même dire « uberiser ») les politiques.

Autre priorité, les transitions écologiques, économiques et énergétiques. « Pour développer la résilience du pays, il faut que l’on réussisse à relocaliser l’économie, à être autonome en énergie, à sortir des énergies fossiles et du nucléaire. » C’est en donnant plus de force et d’autonomie aux territoires qu’une telle transition pourra être mise en place.

Autre proposition phare, celle d’un revenu universel. Il permettrait de changer notre rapport au travail, une mutation rendue nécessaire par la robotisation qui risque de supprimer de nombreux emplois, mais aussi « parce que l’on sait que nos enfants ne travailleront pas comme nous et auront des parcours beaucoup moins linéaires ».

Toutes ces mesures ont le mérite d’être des réponses innovantes et créatives à des vraies problématiques sociétales et économiques. Ici, point d’acharnement thérapeutique sur un système qui à l’évidence est dépassé, on invente carrément un nouveau cadre. Qu’il s’agisse de bonnes ou de mauvaises réponses, libre à chacun d’en décider, et loin de nous l’envie de prendre position.

Reste tout de même une épreuve de taille avant que Charlotte Marchandise ne puisse débattre autour de ces thématiques avec les « grands » candidats : l’obtention des 500 signatures qui lui permettra d’officialiser sa candidature. Espérons que le monde politique saura reconnaître cette initiative citoyenne et qu’au delà de tous les clivages idéologiques, elle lui laissera l’opportunité de s’exprimer sur la place publique.

La société collaborative ne s’arrête pas à l’économie. La politique doit, elle aussi, s’adapter à ce nouveau monde et ouvrir ses portes à la société civile. Nous n’avons plus besoin de licence pour être taxi, nous n’avons pas besoin non plus de faire l’ENA pour entrer en politique. Si cela reste utopique au niveau national, du moins pour l’instant, une telle initiative citoyenne a l’avantage de réveiller les esprits. A plus petite échelle par contre, tout est possible. Allez donc faire un tour à Madrid… Depuis qu’elle est à la tête de la mairie, Manuela Carmena, 72 ans et issue de la société civile, a fait baisser la dette publique de sa ville de 20%. Elle s’appuie également sur un vaste projet participatif. Pour ce faire, elle a débloqué 60 millions d’euros afin de financer des initiatives portées par les citoyens. Au niveau local donc, la politique civile et citoyenne a déjà toute sa place. Ca tombe bien, en France les législatives approchent, et Laprimaire.org compte bien une nouvelle fois faire émerger des candidatures citoyennes.

Par Céline Beaufils

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