Rencontres

Interviews et biographies des acteurs de l’économie collaborative

LX Factory, la nouvelle vie d’une usine

C’est l’histoire d’un pari un peu fou. Tout commence il y a 9 ans, en pleine crise économique, dans le quartier populaire et plutôt excentré d’Alcantara, à Lisbonne. Un gigantesque site industriel de plus de 23 000 m2 est alors complètement à l’abandon depuis de nombreuses années. Véritable plaie à ciel ouvert pour le quartier, le site est pourtant devenu en quelques années un des lieux phares de la capitale portugaise: la LX Factory. Une success story immobilière et financière comme on les aime, où tout le monde sort gagnant, à l’image de celle du Darwin Ecosystème!

Un modèle innovant, durable et performant

Quand la société Mainside a décidé de racheter les murs de cette friche industrielle, elle s’est lancée avec une approche totalement différente de celle des opérations immobilières classiques. La particularité, qui fait toute la différence, c’est que MainSide est non seulement l’investisseur, mais aussi le promoteur et l’exploitant du lieu. Elle n’investit donc pas pour faire un coup, mais pour mener un projet de longue haleine. Sans impératif de résultat à court terme, le concept a pu se mettre en place et s’affiner au fur et à mesure, c’est du sur-mesure!

Deux points clés ont alors assuré le succès du lieu

  • Des travaux minimalistes. Le lieu est resté aussi brut que possible, pour ne pas perdre son âme. Les murs et les façades sont restés dans leur jus, et on trouve même à certains endroits d’anciennes machines outils qui n’ont pas été déplacées. Les escaliers de secours sont des échafaudages. Bref, niveau travaux, l’investissement s’est limité à la mise en conformité et à l’isolation. L’avantage est double: créer une identité au lieu et limiter les frais (donc améliorer la performance financière).
  • Une nouvelle approche commerciale. Le quartier n’étant au départ pas franchement attractif, et alors qu’un promoteur classique aurait crée de grands lots à destination de grosses PME, la LX Factory a proposé des tous petits espaces (bureaux et commerces) à loyers très modérés. Cela attiré de nombreux freelances, créateurs, studios, tous indépendants.

Et la mayonnaise a rapidement pris. Grâce aux faibles loyers, les artisans, commerçants et restaurateurs ont pu prendre des risques et lancer des concepts innovants. Une dynamique créatrice s’est lancée et a attiré de plus en plus de monde. Les loyers se sont indexés au succès du lieu et ont augmenté au fur et à mesure pour atteindre maintenant un prix de marché, ni plus ni moins.

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Tout le monde en est sorti gagnant. La LX Factory héberge maintenant le plus grand co-working de la ville, certains de ses commerces sont devenus cultes. C’est le cas notamment de la librairie Ler Davagar ou de la pâtisserie Landeau. Ces concepts et fonds de commerce innovants ont créé de la valeur. Le lieu accueille environ 200 projets, la plupart dans le monde de la création, et plus de 1000 personnes y travaillent.  Au final, la performance économique  s’avère aussi bonne (si ce n’est meilleure) que pour une opération classique, le tout en permettant à des indépendants ou TPE de se lancer à moindre coût!

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L’âme de la LX Factory

Ce qui créé l’ambiance et l’identité si particulières du lieu, c’est son décor et sa programmation. La LX Factory est devenue le temple du street art. De nombreuses fresques en tapissent les murs.

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C’est aussi un lieu créatif et culturel incontournable à Lisbonne. La LX Factory accueille de nombreux événements: festivals, brocantes, concerts. Bref, c’est THE place to be!

Crédit photos: www.welovelisbon.net

Par Céline Beaufils

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Bienvenue au Darwin Ecosystème

Il existe des lieux qui mettent en pratique toutes les théories autour de l’économie collaborative, de l’éco-responsabilité et des circuits courts. S’il n’en est pas l’emblème, le Darwin Ecosystème en est au moins le précurseur en France.

Un programme innovant et responsable

Pour des lieux comme celui-là, l’immobilier n’est plus uniquement un actif qu’il convient de rentabiliser. C’est aussi un outil au service de ses utilisateurs. Pensé pour favoriser les échanges et pour développer l’activité économique, il résulte d’une démarche socialement et écologiquement positive. Pour preuve, 80% des déchets sont recyclés, l’énergie est totalement verte et l’émission de gaz à effets de serre est 5 fois moins importante que dans des entreprises tertiaires classiques.

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Ancienne friche militaire située sur la rive droite de Bordeaux, le Darwin Eco-système s’étale sur 5 500m2 de terrain et héberge 190 sociétés. Cela représente 500 emplois dont 200 créés. Le site accueille aussi deux incubateurs, une pépinière dédiée au développement durable, mais également de nombreuses associations et des logements d’urgence gérés avec Emmaüs et le CCAS de la ville. A cela s’ajoutent un skate park et une offre culturelle très riche.

Un écosystème de plus en plus dense

Et les pistes de développement pullulent: une ferme urbaine a déjà commencé à voir le jour, un fablab, une auberge de jeunesse et même une cave d’affinage pour les fromages sont également à l’étude.

Evidemment, on y trouve déjà une épicerie et un café-restaurant, bios bien entendu.Magasin GénéralDarwin Passerelle

Loin d’être utopique, le projet s’avère rentable, et ce avec quasiment aucune aide publique (à peine 5% d’après son co-fondateur). Cerise sur le gâteau, la gouvernance est collective par le biais d’une association regroupant les Darwiniens volontaires.

Un bel exemple qui prouve qu’il est possible de réaliser une opération immobilière fructueuse tout en servant l’intérêt général.

En bref, si nous habitions à Bordeaux, le Darwin Ecosystème serait notre QG!

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Crédits photos: Darwin Ecosystème

Par Céline Beaufils

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« Chacun Cherche Son Âne », une solution toute trouvée

L’économie positive, c’est aussi la solidarité, la vraie, celle qui amène ses bénéficiaires vers l’autonomie et l’indépendance. Alors nous avons choisi de vous présenter Chacun Cherche Son Âne, une association d’aide à l’autonomie des cultivateurs Burkinabé. Le concept de base: permettre aux paysans du Burkina Faso d’acquérir un âne via un micro-crédit à taux zéro. Pour nous, citadins français, ça n’a l’air de rien, mais pour les ruraux du Burkina Faso ça change tout.
L’association existe depuis presque 6 ans maintenant, et depuis de nouveaux projets ont vu le jour. C’est pour cela d’ailleurs que l’association lève actuellement des fonds sur Bluebees. Laure Berthon, présidente et co-fondatrice de CCSA, nous raconte tout.


 

WeLab: Comment est née l’association?

Laure Berthon: J’ai travaillé quelques années à Boromo pour un projet d’éducation environnementale et m’y suis fait de nombreux amis. Alors lorsqu’en 2009, mon ami Yacouba a perdu son âne et s’est retrouvé en difficulté pour récolter les céréales nécessaires à l’alimentation de sa famille pour toute l’année, j’ai fait appel à la générosité de mes amis en France. Ensemble, nous avons mis en commun quelques euros pour racheter un âne à Yacouba.
Quelques semaines plus tard, nous avons décidé de monter un projet permettant à d’autres familles de la région de Boromo d’acquérir un âne. En février 2010, l’association Chacun Cherche Son Âne voyait le jour et le programme « parrainons un âne » démarrait avec le parrainage d’un premier âne à Boromo.

WeLab: Quel est le constat de départ et comment fonctionne CCSA?

Laure Berthon: Le constat est assez simple : au Burkina Faso, la population assure sa subsistance avec très peu de moyens. La grande majorité des familles vit avec environ 1€ par jour et se nourrit principalement des céréales qu’elle cultive. L’âne est un outil indispensable pour faciliter durablement l’agriculture vivrière et les corvées quotidiennes (transport de l’eau, transport de marchandises, travaux agricoles etc.). Persuadés, comme de nombreuses familles burkinabè, que l’âne est un outil de développement durable, nous avons développé des programmes solidaires autour de celui-ci, répondant aux besoins des cultivateurs.
L’association française « Chacun Cherche Son Ane », constituée d’une équipe de 10 bénévoles, travaille main dans la main avec l’association burkinabè  de même nom, coordonnée par une équipe locale indemnisée pour son travail. CCSA-France collecte des fonds et élabore des programmes solidaires avec CCSA-Burkina Faso qui les met en oeuvre.

WeLab: L’association existe depuis maintenant 5 ans, suffisamment pour prendre du recul et mesurer son impact. Quels sont les résultats jusqu’à présent? 

Laure Berthon: A ce jour, nous développons 2 programmes dans 8 villages de la région de Boromo :
–  « Parrainons un âne » qui permet à des familles d’acquérir un âne par le biais d’un microcrédit à taux zéro financé par un « parrainage » qui prend la forme d’un don de 99€ (déductible à 66% des impôts, puisque notre association est reconnue d’intérêt général).
– « Des charrettes en partage » qui propose aux familles ayant acquis un âne, de se partager une charrette et une charrue par petits groupes de 3 à 5 familles dans chaque village. Nous levons d’ailleurs des fonds en ce moment pour le volet 2016 du programme par le biais d’une campagne sur bluebees.
Depuis notre création nous avons soutenu une centaine de familles et améliorons leur quotidien en répondant à leurs besoins concrets.

WeLab: Quels sont les projets de développement de l’association? 

Laure Berthon: Nous réfléchissons à la mise en œuvre d’un programme centré sur l’agroécologie afin de lutter contre les intrants chimiques qui envahissent progressivement les terres cultivables… Pour cela, notre équipe burkinabè a participé aux rencontres/formations à l’agroécologie qui ont eu lieu en février dernier au Burkina avec la fondation Terre & Humanisme en présence de Pierre Rabhi.
Nous avons aussi mené une enquête auprès de nos bénéficiaires afin d’évaluer la pertinence du développement d’un programme sur ce thème et l’impact de nos actions dont les résultats sont consultables sur notre site internet.

WeLab: L’ambition de WeLab est de diffuser des infos positives. Peux-tu partager avec nous une ou deux bonnes nouvelles qui concernent CCSA ou le Burkina ? 

Laure Berthon: Une bonne nouvelle pour le Burkina Faso? Je dirais la force de son peuple et sa victoire pour la démocratie !
En effet, ce pays est devenu un exemple pour la démocratie en Afrique de l’Ouest. La population a mené en octobre 2014 une véritable révolution populaire pour mettre fin aux 27 ans de pouvoir du président Blaise Compaoré. Elle a ensuite réussi à arrêter en quelques jours le coup d’état du Général Dienderé en septembre dernier. Enfin, un nouveau président a été élu il y a quelques semaines par le biais d’élections démocratiques et sans aucun heurts. Le Burkina Faso est aujourd’hui un exemple pour de nombreux pays africains et porte bien son nom de « pays des hommes intègres »!
Une bonne nouvelle pour CCSA ? L’affection que nous portent les professionnels des ânes en France! Nos actions ont été relayées dans le magazine spécialisé « Les cahiers de l’âne » en mai 2014 : un véritable gage de confiance pour nos actions. Nous travaillons aussi depuis peu, avec France Anes et Mulets, fédération des éleveurs et utilisateurs professionnels des ânes, qui nous a notamment invité sur le salon du cheval à ses cotés et réfléchit avec nous au développement de nos programmes​ solidaires​.

Par Céline Beaufils