L’entrepreneur colibri

Il ne crée plus son entreprise, il monte sa start-up. Un changement de vocabulaire qui s’accompagne d’un changement de mentalité. Longtemps conspué, le statut d’entrepreneur a désormais la côte. Il était temps! Car si nous sommes tous plus ou moins aveuglés par la vision du dirigeant du CAC 40, force est de constater que ceux qui créent de la valeur, des emplois et qui paient des impôts en France, ce sont surtout les créateurs de PME et TPE.

Ces startups qui essaiment par milliers sur notre territoire, sont autant de possibilités de faire changer les choses. Car beaucoup adoptent des modes de fonctionnement proches de l’économie collaborative, (fonctionnement horizontal, prise en compte de l’intérêt collectif ou social, désintermédiation…). Pourquoi une telle évolution ?

L’amour du risque, de soi et des autres

Une étude récemment publiée par l’agence de prospective Nelly Rodi annonce la couleur: 85% des « Y » français (entre 18 et 34 ans) seraient fiers d’être entrepreneurs. Pourquoi un tel engouement ? D’abord parce qu’on a moins peur de l’échec, considéré par cette génération comme une forme d’apprentissage. Alors certes l’une des principales raisons reste l’argent, mais pas que… Emblématique des « nouvelles » générations, le besoin d’épanouissement, l’envie de se réaliser et de tenter sa chance sont également d’importantes sources de motivation. Certains y voient aussi une façon de changer le monde. Car oui, tel un colibri qui d’après la légende indienne tentait seul d’éteindre l’incendie qui ravageait la forêt, l’entrepreneur Y veut participer , à son échelle, à la construction d’un nouveau monde. « Moins qu’une réussite sociale, l’entrepreneuriat est désormais une des clés qui ouvre la voie à un futur différent. », nous dit l’étude.

Les français sont d’ailleurs les champions européens de l’entrepreneuriat social. Le récent classement Forbes « 30 under 30 » recense les 30 européens de moins de 30 ans qui deviendront les leaders de demain, et dans la catégorie entrepreneuriat social on compte pas moins de 9 français. Mais qu’est ce qu’une entreprise sociale ? Elle réunit ces 3 critères: gouvernance horizontale, prise en compte de l’intérêt général et viabilité économique. Des valeurs que nous n’avions pas forcément l’habitude de voir associées dans un projet entrepreneurial et qui expliquent en partie pourquoi les nouveaux entrepreneurs jouissent d’une meilleure image.

Un contexte qui s’y prête

De la même manière que « startup » a remplacé le mot « entreprise », le terme de « bureau » est en passe de tomber aux oubliettes. Car maintenant, on travaille dans des « espaces de coworking ». Alors, non Molière, s’il te plait ne te retourne pas dans ta tombe face à tant d’anglicismes. Il ne s’agit pas là d’une question de vocabulaire, mais d’état d’esprit. En plus d’être tendance, design et conviviaux, les coworkings ont cet énorme avantage de faire bouillonner les idées et les initiatives des uns et des autres. Tous dans la même galère, ils échangent, partagent, co-opérent et créent une émulsion jamais vue dans de classiques bureaux cloisonnés. L’entrepreneur n’est plus seul désormais, il est même plutôt bien entouré. Et ça change tout.
Au quotidien avec ceux qu’il considère davantage comme ses pairs que ses concurrents (comme nous le prouve la grande tendance à l’open-source), l’entrepreneur peut faire part de ses expériences, donner ou recevoir des conseils, le tout dans une ambiance très sympa qui ferait presque oublier que l’on y travaille. Pas étonnant donc que cela fasse envie.

Mais plus que la solitude, la grosse difficulté à laquelle doit faire face un entrepreneur, consister à lever des fonds. (C’est d’ailleurs un sujet sur lequel nous reviendrons très bientôt dans We-Lab.) Que faire quand toutes les banques ont refusé le dossier ? Avant c’était tout simplement perdu, maintenant il y a le crowdfunding (désolée Molière…). Qu’il se fasse sous forme de don, de prêt rémunéré ou d’achat de parts de capital, le financement participatif permet à chacun d’investir directement dans l’entreprise de son choix. Ainsi au 1er semestre 2015, 133,2 millions d’euros ont été récoltés en France soit plus du double du 1er semestre de l’année précédente. Et le phénomène continue à prendre de l’ampleur: 1,75 millions de français ont déjà participé à une compagne de financement collaborative, ils étaient 750 000 de moins l’année dernière.

Un signe supplémentaire qui montre que les français soutiennent leurs entrepreneurs, ceux qui, à leur échelle, cherchent à construire des projets durables en tenant compte de l’intérêt commun.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Required fields are marked *