Le temps du contre-pouvoir collaboratif

Nuit Debout, le Mouvement de Transition, les Incroyables Comestibles… Que ce soit en politique, en urbanisme ou dans tout autre domaine de la vie publique, nous, citoyens, sommes de plus en plus enclins à reprendre les choses en main et à défendre notre vision du monde.
Petit à petit, des collectifs s’organisent et forment de véritables contre-pouvoirs indépendants et engagés. Le digital en général et l’ensemble des Civic Techs en particulier rendent les initiatives citoyennes accessibles à portée de clic. C’est notamment le cas avec la plateforme I-Boycott qui permet à chacun de lancer une campagne de « boycott collaboratif ». Aujourd’hui plus que jamais, les réseaux sociaux et autres joyeusetés numériques permettent aux citoyens de se regrouper et, grâce à la force du nombre, de s’exprimer et d’agir. En parvenant ainsi à décentraliser le pouvoir, les citoyens ont gagné en indépendance, mais aussi en responsabilité.

I-Boycott, la Force est avec nous

Lancée il y a tout juste un an, la plateforme de boycott collaboratif a déjà remporté ses premiers succès : Joué Club et Oasis ont finalement mis un terme à leur partenariat avec les cirques Pinder qui utilisent des animaux sauvages pour leurs spectacles. D’autres campagnes sont en cours, notamment contre Starbucks et son optimisation fiscale ou contre Coca-Cola qui vide les nappes phréatiques de nombreux pays dans le monde. Un combat à la David contre Goliath, mais qui, comme dans le légende, n’est pas perdu d’avance.

En un an seulement, plus de 66 000 personnes se sont inscrites sur la plate-forme. La force d’ I-Boycott, c’est d’être dans la bienveillance et pas dans le militantisme revêche. Les campagnes qui y sont lancées ne cherchent pas à ce que les entreprises visées mettent la clé sous la porte. Leur but c’est de les amener à évoluer. Loin d’être un combat du Bien contre Le Mal, il s’agit plutôt d’un dialogue entre les marques et leurs consommateurs désormais avertis. Les entreprises disposent d’ailleurs d’un droit de réponse, qu’elles sont nombreuses à utiliser. Et c’est logique, tant il semble contre-nature pour une marque de s’engager dans un rapport de force avec ses consommateurs.

En jouant sur les deux leviers que sont l’argent et l’image, I-Boycott touche les points sensibles des entreprises qui, pour leur grande majorité, n’évoluent que si le marché l’y oblige. Le consommateur de son côté, est responsabilisé, et peut désormais agir facilement et efficacement grâce à la force du collectif.

« A chaque fois que vous dépensez votre argent, vous votez pour le type de monde que vous voulez ». La citation d’Anna Lappe figure en première place sur la page d’accueil de la plateforme. Pour aller jusqu’au bout de cette démarche et la rendre encore plus constructive, chaque boycott est donc accompagné d’une campagne de BUYcott, où chacun est libre de proposer des alternatives plus éthiques à la marque visée.

Des projets, les fondateurs d’ I-Boycott n’en manquent pas : formation pour les entreprises, développement d’antennes un peu partout dans le monde… Pour l’heure, l’important c’est de garantir l’indépendance et la viabilité de la plateforme. Car en transformant les consommateurs en consomm’acteurs, I-Boycott ne s’est certainement pas fait que des amis. Et pour assurer ses arrières, l’argent reste le nerf de la guerre. La plateforme fera donc bientôt partir 100 bambous relais. En recevant un bambou, chaque personne s’engage à s’inscrire sur la plateforme, verser 1€ par mois à I-Boycott et à transmettre ce bambou à une autre personne, qui fera de même. Une chaine de l’empowerment citoyen en quelques sortes !

Décentraliser le pouvoir : l’empowerment citoyen

Levent Acar, co-fondateur d’I-Boycott, nous l’a dit lors de notre rencontre : il est enthousiasmé par le fait que les gens prennent de plus en plus conscience de leur pouvoir d’agir et par la multiplication des initiatives positives. Et c’est vrai que de plus en plus de citoyens se prennent en main et recommencent à jouer un rôle politique, au sens 1er du terme.

Il est clair que nous vivons un profond changement de paradigme. C’en est fini de la démocratie monarchique. Les hautes sphères publiques et politique ne sont plus omnipotentes et doivent désormais compter avec de nouveaux acteurs : les collectifs citoyens, qu’ils soient organisés de manière traditionnelle en association ou de façon plus informelle sans véritable statut. De nouvelles organisations se créent, en parallèle du système central, trop vertical pour être directement modifié. Qu’il s’agisse des monnaies locales, des nouveaux partis politiques issus de la société civile, de la désintermédiation de l’économie, dans tous les domaines, les citoyens « prennent leur part », comme le diraient les Colibris.

Il suffit de voir le succès de Change.org qui a récemment franchi la barre des 180 millions d’utilisateurs. Accusée parfois d’encourager le « clictivisme » (se contenter de cliquer sur un « j’aime » depuis son canapé sans véritablement agir ensuite), il n’en reste pas moins que la plateforme peut se vanter de cumuler les « pétitions victorieuses » qui ont donc un véritable impact sur le monde réel.

Internet et le digital sont de toute évidence des vecteurs puissants de l’empowerment des individus. Chacun prend désormais conscience que l’action collective peut s’avérer particulièrement puissante et retentissante. Nous pouvons donc tous influer sur le cours des choses. C’est ce qu’expliquent Dominique Piotet et Francis Pisani dans leur livre « Comment le web change le monde – l’alchimie des multitudes ».

Évidemment, faire reposer l’empowerment citoyen sur le digital comporte des risques, notamment celui de voir s’accroitre les inégalités par la fracture numérique. Les réseaux vont également prendre une importance capitale : celui qui disposera du plus grand nombre d’abonnés étant celui qui se fera le mieux entendre. Il est donc important de trouver l’équilibre, car au delà de ces difficultés, le jeu en vaut clairement la chandelle. L’engagement civil en ressort largement revitalisé, notamment chez les plus jeunes. Et les idées nouvelles sont plus facilement apportées au début public. La plateforme (encore une !) Make.org en est l’exemple le plus probant. Des idées aux actions, il n’y a qu’un pas, que les citoyens hésitent de moins en moins à franchir. Pour preuve, cette passerelle piétonne entièrement financée via une campagne de crowdfunding par les habitants d’un quartier enclavé de Rotterdam. Ils peuvent désormais rejoindre le centre ville en quelques minutes à pieds !

Toutes ces initiatives citoyennes ont un point commun: elles viennent redonner du sens à la politique, elles apportent de la vie à la cité. « Boycotter seul c’est bien, ensemble c’est le contre-pouvoir, avec bienveillance c’est le changement », telle est la devise d’I-Boycott. Il ne tient donc qu’à nous pour que le changement ce soit maintenant…

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