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Une époque formidable

Une époque formidable… C’était le titre de la conférence organisée par la Tribune et Acteurs de l’Economie ce lundi 21 novembre à Lyon. Durant toute la journée, des intervenants tels que Axel Kahn, Pierre Rabhi, Eric Dupond-Moretti ou Cédric Villani se sont succédés pour partager leur vision du monde actuel et futur. (suite…)

La monnaie locale en 3 questions

Depuis quelques années, elles fleurissent un peu partout en France. Folkloriques pour certains, angéliques ou utopiques pour d’autres, les monnaies locales intriguent. Alors que Paris s’apprête à créer sa propre monnaie et à suivre ainsi le chemin déjà emprunté par une trentaine d’autres villes françaises, il est temps de se pencher davantage sur ces fameuses monnaies complémentaires et de comprendre leur véritable intérêt.

Quoi? Une monnaie parallèle

Les monnaies locales ne sont pas là pour remplacer l’Euro. Ce n’est ni leur vocation, ni leur ambition. Dans la mouvance des nouvelles solutions d’échange qui fleurissent un peu partout, les monnaies locales viennent en complément. De leur vrai nom d’ailleurs on les appelle les MLC : monnaies locales complémentaires.

Elles sont créées soit par des associations de citoyens soit par les collectivités locales. Et bien évidemment elles ne sortent pas du chapeau : leur mise en circulation nécessite au préalable une autorisation de la Banque de France.

Pour faciliter leur utilisation, une unité de monnaie équivaut systématiquement à 1€. Son cours reste fixe, donc aucune thésaurisation ou spéculation n’est possible. Les MLC sont des monnaies d’échange, pas de crédit. Aucun intérêt donc à mettre ses gonettes, ses euskos,  ses pêches ou ses sols dans une tirelire. Le but, c’est de les dépenser et de les faire circuler! Certaines monnaies sont même fondantes, c’est à dire qu’elles perdent de la valeur avec le temps et doivent donc être utilisées rapidement.

Accessible à tous les particuliers, l’utilisation de la monnaie locale est en revanche généralement réservée aux commerces et aux entreprises qui s’engagent dans une démarche de circuit-court et de production locale.

Pourquoi ? Pour financer l’économie réelle

Aujourd’hui pratiquement 97% des échanges monétaires mondiaux se font sur les marchés financiers. Ce sont donc des opérations virtuelles, bien loin de l’économie réelle. L’une des ambitions des monnaies locales est donc de revenir à l’essentiel : la transaction de biens ou de services, tout en encourageant un mode de consommation plus durable.

Ainsi en payant ses achats en Gonette, un Lyonnais sera sûr de deux choses. La première c’est que ses produits seront, dans la mesure du possible, locaux, puisque seuls les commerces et entreprises privilégiant le circuit court peuvent entrer dans le réseau. La seconde c’est que l’argent qu’il aura ainsi dépensé restera dans sa région. Il sera utilisé par le commerçant pour rémunérer ses employés (en partie uniquement, la majorité du salaire restant évidemment en euros !) ou pour payer ses fournisseurs. Et ainsi cette somme continuera de tourner dans l’économie locale, sans s’enfuir dans des circuits financiers parfois obscurs.

Ces monnaies circulent en effet beaucoup plus vite que l’euro. Entre deux passages à la banque, un euro est échangé en moyenne 2,4 fois. Une MLC, elle, passe entre 6 paires de mains différentes avant de retourner à la banque. Elle est échangée entre les acteurs locaux qui renforcent et ravivent ainsi leurs liens.

Tout en donnant un coup de pouce à l’économie locale, les monnaies complémentaires mettent en valeur le pouvoir qui est entre les mains de chaque citoyen. Passage à un autre type de consommation, renforcement du tissu économique local, création de liens sociaux… Les effets d’une monnaie locale peuvent être nombreux. C’est un outil politique donc, mais pas politisé. Dans la plupart des villes, cette monnaie alternative est d’ailleurs soutenue par des élus de droite comme de gauche.

Le système financier est sorti totalement discrédité de la crise de 2008, et la confiance est loin d’être revenue. En proposant une alternative à l’Euro et son monopole monétaire basé sur la dette bancaire, les devises locales donnent un nouveau sens à la monnaie et permettent aux citoyens de se sentir impliqués dans la sphère économique locale. Economiste et professeur à l’université de Berkeley, Bernard Lietaer est l’un des architectes de l’ECU, l’ancêtre de l’Euro. Il est aussi un ardant défenseur des monnaies locales. « Afin d’amortir les chocs et les éventuelles crises économiques, il faut cultiver de la biodiversité monétaire comme il y a de la biodiversité dans une forêt », explique-t-il. Et de préconiser différentes monnaies pour différents usages. L’euro pour l’épargne, l’investissement et la spéculation, la monnaie complémentaire pour les échanges locaux. En d’autres termes, pour rendre notre système plus résilient, il ne doit pas reposer uniquement sur l’Euro. L’économie locale et les PME ne doivent pas s’arrêter de tourner dès qu’il y a un problème avec la monnaie européenne. En Suisse, le WIR est une monnaie complémentaire réservée aux PME créée pendant la Grande Dépression des années 30. Utilisée par 20% des PME, il a depuis prouvé à plusieurs reprises son rôle de stabilisateur de l’économie suisse.

Comment ? L’importance de la taille critique

Pour avoir un vrai impact, ces monnaies doivent fédérer un grand nombre d’acteurs (citoyens, entreprises et pouvoirs publics). Et c’est sur ce point que de nombreuses questions se posent. Comment démocratiser leur utilisation et leur faire dépasser le seul cercle des « déjà-convaincus » ? Au delà du niveau militant, il faut également une forte implication des sphères économiques et institutionnelles. Les mairies pourraient par exemple accepter le paiement d’une partie des taxes en monnaie locale. Le maire de Bristol, lui, perçoit la totalité de son indemnité en Bristol Pounds. La clé du succès consiste surtout à faire adhérer un maximum d’entreprises, pour que les commerçants puissent plus facilement payer leurs fournisseurs en MLC et créer ainsi un véritable cercle vertueux. Cela implique de faire passer le projet à une autre échelle, en proposant un mode de paiement électronique. C’est le cas pour les So’Nantes, la monnaie locale nantaise. Elle n’existe d’ailleurs que sous forme numérique. Pour encourager les entreprises à l’utiliser, elles bénéficient à la création de leur compte, d’un découvert gratuit. Elles peuvent ainsi dépenser leurs premières So’Nantes avant même d’en avoir encaissé préalablement.

En pleine expansion ces dernières années, les monnaies locales ne sont pas une solution miracle. Mais elles sont une piste, un signe que les choses changent, que plus que des consommateurs, de plus en plus de français veulent être des citoyens et avoir voix au chapitre autrement que par les urnes.

Vers la miniaturisation de l’économie?

Dans cet article, nous allons nous projeter quelques années dans le futur. Mais d’abord, partons du présent. Aujourd’hui en France les centres commerciaux situés en périphérie urbaine vivent leur apogée tandis que les petits commerces et les artisans agonisent (100 entreprises artisanales ferment chaque jour dans notre pays). Crise oblige, les consommateurs vont au moins cher, normal. Mais en parallèle on voit se profiler une tendance au « consommer moins mais mieux » . L’économie collaborative en est évidemment le fer de lance et les hipsters leur étendard. Cette tendance va-t-elle sonner le glas de la consommation et de la production de masse?

Les signes précurseurs

La crise ne s’est pas limitée à l’économie, elle a aussi eu une dimension sanitaire et alimentaire. Et quand on découvre que le bœuf dans notre assiette s’est transformé en cheval, la pilule est dure à avaler.
Les consommateurs développent de nouvelles attentes, notamment en matière de traçabilité. Une enquête de Biocoop a montré que 82% des français font davantage confiance aux aliments produits à moins de 150km de chez eux.
Il est vrai que la proximité et les circuits courts ont de plus en plus le vent en poupe. Le succès de la Ruche qui dit Oui et des AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) en sont la preuve irréfutable.

Même si le prix reste le premier critère de choix pour les consommateurs, nous devenons davantage sensible à la qualité aussi bien au niveau alimentaire (retrouver le « vrai » goût des produits, consommer terroir…) qu’au niveau des biens de consommation (chasse à l’obsolescence programmée). La viande est un bon exemple, de plus en plus de français préfèrent en consommer moins, mais de meilleure qualité.

Dans le monde du travail, la tendance est la même. En 2014, une étude a montré que 80% des salariés de TPE s’estimaient heureux dans leur travail alors même qu’ils travaillent plus et gagnent moins que dans les plus grandes structures. Mais le côté plus humain des PME, permettant une réelle proximité avec le dirigeant, assure une meilleure ambiance de travail.

On le sait, les générations Y et Z sont en quête de sens, de transparence et d’authenticité. Les hipsters, considérés par beaucoup comme les précurseurs des futures tendances, poussent le concept à son maximum. Avides d’entrepreneuriat, ils l’encouragent en achetant et vendant localement. Dans un article paru dans Le Monde, Lise Attia, directrice commerciale du Bon Marché, décrit cette tranche de la population comme « une bohème urbaine, riche de son entraide, avec une volonté de production et de consommation alternatives ». Alors s’agit-il d’un simple effet de mode ou d’une réelle vague de fond?

La miniaturisation de l’économie ?

Essayons-nous un instant à l’art de la prospective. Nous qui nous sommes engagés à considérer l’avenir de manière positive et non anxiogène, voilà comment nous voyons les choses.
Parce que se déplacer en voiture va coûter de plus en plus cher, nous allons être poussés à limiter leur utilisation et donc à renoncer aux longs trajets pour faire ses courses. Parce que nous voulons davantage d’humain et de proximité, nous allons fuir de plus en plus l’anonymat des grandes surfaces. Attention, nous ne prédisons pas l’extinction des hypermarchés, mais une vraie baisse de régime. Finalement cela aurait du sens: acheter plus souvent mais en plus petite quantité pour consommer des produits frais et éviter le gaspillage. De ce fait, se rendre en grande surface n’aurait plus grand intérêt.
Avec la même logique, plutôt que d’acheter une nouvelle machine à laver ou un nouveau sac à main, nous irons chez un réparateur ou un cordonnier. Aidée par les technologies numériques, l’économie va se reconstruire à l’échelle d’un quartier et non plus d’une agglomération.

La société change: les familles monoparentales et les célibataires sont de plus en plus nombreux. Cette évolution s’accompagnera forcément d’un changement des modes de consommation. Une étude du CNCC (Centre National des Centres Commerciaux) l’annonçait déjà en 2013: « Le consommateur semble retrouver la direction de la ville et vouloir consommer différemment d’où la nécessité de redonner une certaine attractivité aux centres villes et aux quartiers. »
Et l’urbanisme entre effectivement en ligne de compte. Beaucoup de communes cherchent à redynamiser leur centre ville. Leur revalorisation passe inévitablement par le développement des commerces de proximité.
Les problématiques environnementales et énergétiques joueront aussi un rôle important dans la miniaturisation de l’économie. Pour preuve, voici un extrait de l’étude de l’ADEME sur la consommation des français en 2030:

« Les dépenses de consommation des ménages français ont connu une hausse sans précédent depuis plus de cinquante ans. Ce niveau élevé de consommation est associé à l’accroissement de l’empreinte environnementale de notre pays. Empreinte énergétique, empreinte carbone, empreinte eau, consommation de ressources, recul de la biodiversité… tous ces indicateurs sont le reflet de nos modes de vie et de consommation. Une part croissante des dépenses de consommation des Français est satisfaite par des importations. La consommation intérieure génère donc des impacts environnementaux sur le territoire national et au sein d’autres pays. Ainsi, environ 45% des émissions de gaz à effet de serre imputables à la consommation des Français proviennent des importations de produits fabriqués à l’étranger ! (…) Aller vers des modes de consommation et de production plus durables représente ainsi un enjeu stratégique majeur« 

La fin du big is beautiful est-elle en cours ??? RDV dans une dizaine d’années pour vérifier ! Et en attendant, si vous avez envie de vous y mettre, voici la carte (collaborative évidemment!) du « consommer local » éditée par France Bleu.