économie collaborative

Habitat Participatif, l’art et la manière du mieux-vivre ensemble

En 2010, 60% des logements collectifs réalisés étaient des produits défiscalisés. En gros donc, on ne construit plus pour habiter mais pour investir. Voilà qui pose clairement notre problématique: en pleine crise du logement et alors que la spéculation immobilière continue à faire rage, est-il possible d’acquérir un logement abordable, durable et confortable ?
Si nous pouvons répondre par l’affirmative, c’est grâce à cette 3ème voie qui s’ouvre à nous depuis quelques années, l’ habitat participatif. Fonctionnant à la manière d’une « auto-promotion collective », plusieurs familles se regroupent pour concevoir, faire construire et gérer ensemble leur habitat collectif.

Partager autre chose que des charges de copropriété

L ’ habitat participatif, c’est l’art de penser et de concevoir les espaces pour mieux vivre ensemble. Chacun possède évidemment son logement privatif mais plusieurs zones restent communes. C’est souvent le cas de la buanderie et des espaces extérieurs, terrasses, potagers ou jardins, mais cela peut aussi concerner une chambre d’amis, des bureaux ou un atelier de bricolage. Etant donné que la perceuse ne doit servir que 2 ou 3 fois dans l’année, il n’est effectivement pas idiot de la partager à plusieurs. Tout cela permet de libérer de la place dans les logements privatifs (plus besoin de prévoir un emplacement pour la machine à laver ou le sèche linge) et de rationnaliser les coûts.

Mais l’ habitat participatif, c’est aussi un état d’esprit, une envie de vivre intelligemment et joyeusement ensemble, loin de l’anonymat habituel des citadins. Le logement ne se limite plus à un hébergement du quotidien mais devient tout un art de vivre. Souvent les constructions participatives ont une dimension écologique, que ce soit au niveau des matériaux utilisés ou de la gestion des déchets. Certains projets incluent également une forte dimension sociale. C’est le cas du Village Vertical à Villeurbanne. Sur les 14 logements qu’il compte, quatre sont réservés à des jeunes en difficulté que les autres « Villageois Verticaux » s’engagent à assister bénévolement, en complément de l’accompagnement professionnel qu’ils reçoivent.

Lille, Strasbourg et même Paris, de plus en plus de grandes villes ne s’y trompent pas et encouragent les projets d’ habitat participatif. En créant du lien et de l’activité, ils participent à la vie sociale et au rayonnement de tout leur quartier.

Vivre mieux, à moindre coût

En se passant d’un promoteur et donc de sa marge, ces constructions reviennent en règle générale 5 à 15% moins cher que du neuf classique. Mais alors que les promoteurs livrent leurs immeubles clés en main, il faut consacrer beaucoup de temps et d’énergie avant de voir un projet d’ habitat participatif sortir de terre. Les projets se mènent sur plusieurs années, entre 3 et 5 ans en moyenne. La phase de conception est souvent la plus difficile et la plus longue, le groupe devant se mettre d’accord sur une vision, une architecture, et ce en fonction des ressources de chacun. Reste encore à trouver le terrain, ce qui n’est pas une mince affaire lorsque l’on est en concurrence avec des promoteurs immobiliers plus rapides et plus puissants financièrement. Heureusement certaines parcelles restent accessibles car délaissées par les promoteurs qui les estiment trop petites pour leur être rentables.

Raisonnant sur le long terme, ces lieux de vie sont souvent très qualitatifs et font la part belle aux économies d’énergie (beaucoup sont d’ailleurs équipés de leurs propres panneaux solaires).

Définitivement dans l’air du temps puisqu’il s’agit une fois encore de supprimer un intermédiaire, l’ habitat participatif répond à une multitude de problématiques. Chacun peut y trouver son compte: le sénior ne voulant pas rester isolé, le primo-accédant à la recherche d’un cadre de vie convivial et abordable, ou tout simplement le citadin souhaitant vivre d’une manière plus raisonnée. Pour certains, l’ habitat participatif serait même la solution idéale pour mettre un terme à la crise du logement puisqu’il supprimerait de fait toute spéculation immobilière.

Ce qui est sûr, c’est que loin des immeubles neufs stéréotypés et souvent identiques, l’ habitat participatif nous permet de reprendre la main sur nos lieux et nos modes de vie.

Bienvenue au Darwin Ecosystème

Il existe des lieux qui mettent en pratique toutes les théories autour de l’économie collaborative, de l’éco-responsabilité et des circuits courts. S’il n’en est pas l’emblème, le Darwin Ecosystème en est au moins le précurseur en France.

Un programme innovant et responsable

Pour des lieux comme celui-là, l’immobilier n’est plus uniquement un actif qu’il convient de rentabiliser. C’est aussi un outil au service de ses utilisateurs. Pensé pour favoriser les échanges et pour développer l’activité économique, il résulte d’une démarche socialement et écologiquement positive. Pour preuve, 80% des déchets sont recyclés, l’énergie est totalement verte et l’émission de gaz à effets de serre est 5 fois moins importante que dans des entreprises tertiaires classiques.

darwin-ecosysteme-1024x681

Ancienne friche militaire située sur la rive droite de Bordeaux, le Darwin Eco-système s’étale sur 5 500m2 de terrain et héberge 190 sociétés. Cela représente 500 emplois dont 200 créés. Le site accueille aussi deux incubateurs, une pépinière dédiée au développement durable, mais également de nombreuses associations et des logements d’urgence gérés avec Emmaüs et le CCAS de la ville. A cela s’ajoutent un skate park et une offre culturelle très riche.

Un écosystème de plus en plus dense

Et les pistes de développement pullulent: une ferme urbaine a déjà commencé à voir le jour, un fablab, une auberge de jeunesse et même une cave d’affinage pour les fromages sont également à l’étude.

Evidemment, on y trouve déjà une épicerie et un café-restaurant, bios bien entendu.Magasin GénéralDarwin Passerelle

Loin d’être utopique, le projet s’avère rentable, et ce avec quasiment aucune aide publique (à peine 5% d’après son co-fondateur). Cerise sur le gâteau, la gouvernance est collective par le biais d’une association regroupant les Darwiniens volontaires.

Un bel exemple qui prouve qu’il est possible de réaliser une opération immobilière fructueuse tout en servant l’intérêt général.

En bref, si nous habitions à Bordeaux, le Darwin Ecosystème serait notre QG!

darwin ecosysteme skate

Crédits photos: Darwin Ecosystème

 

L’économie collaborative, une chimère?

Le débat fait rage en ce moment. Le terme d’économie collaborative ne serait-il qu’un leurre? Un argument marketing d’un nouveau genre derrière lequel se cacherait un ultra-libéralisme toujours plus pernicieux? Ou alors s’agit-il d’une vraie disruption par rapport au modèle libéral ? Dans ce cas, le terme d’économie collaborative souffrirait tout simplement d’être galvaudé, utilisé à tort et à travers. A tel point que l’on ne discernerait plus la vraie économie collaborative de la « fausse ».

Loin de toute vision manichéenne des gentils contre les méchants, il est quand même important d’appeler un chat un chat. Le temps est donc venu de mettre les choses à plat et de clarifier les concepts.

 

Du share washing au share bashing

Après la mode du « tout écolo – tout bio », est arrivée celle du collaboratif. Il est désormais bien vu pour une entreprise de se revendiquer collaborative ou de montrer son enthousiasme pour cet univers. Quelques exemples ? Netflix, qui s’est auto-proclamé collaboratif pour la seule et unique raison que son modèle de consommation ne repose plus sur la propriété mais sur l’usage (un abonnement qui donne accès à un ensemble de séries et de films). Autre cas, celui de Carrefour, qui lance ses propres « fablabs ». Loin du vrai concept d’un fablab, ceux de Carrefour permettent simplement de personnaliser n’importe quel produit acheté dans le supermarché, avec un logo ou une photo.

Le problème, c’est qu’avec tous ces abus de langage, le terme d’économie collaborative a maintenant perdu tout son sens. Et ceux qui s’en revendiquent le plus (AirBnb ou Uber pour ne citer qu’eux) ressemblent finalement à s’y méprendre à des entreprises capitalistes des plus classiques. Loin de mettre en commun la valeur qu’ils ont créée, ils affichent des valorisations boursières à faire pâlir d’envie certaines sociétés du CAC 40 (25 milliards de dollars pour AirBnb).

Alors forcément, le vent tourne pour l’économie collaborative. D’abord considérée comme la solution miracle pour un système plus raisonnable, juste et respectueux de l’environnement, elle est devenue synonyme de tous les dangers. Précarisation des travailleurs qui perdent leur statut de salariés, amplification des inégalités patrimonialesOn l’accuse maintenant de tous les maux. L’économie collaborative ne serait finalement que de la poudre aux yeux derrière laquelle se cacherait une nouvelle forme d’ultra-libéralisme ? C’est peut-être aller un peu vite en besogne…

 

Un modèle qui doit encore prendre ses marques

Il faut d’abord s’entendre sur ce que l’on comprend par économie collaborative. Pour OuiShare, elle repose sur 5 piliers:

– la consommation collaborative: la consommation ne dépend plus uniquement d’un achat, elle peut aussi se faire sur la base d’un emprunt, d’un don ou d’une location.

– la finance collaborative: les particuliers investissent directement dans l’économie réelle en finançant des projets entrepreneuriaux, sociaux ou artistiques. (crowdfunding ou prêt entre particulier par exemple).

– une gouvernance horizontale: implication et participation de chaque membre d’une organisation, quelque soit son poste, au processus de décision.

– une conception ouverte et fabrication distribuée: les savoirs et savoir-faires sont libres, les outils de fabrication sont accessible à tous.

– la connaissance ouverte: les informations type données, codes ou programmes sont utilisables librement. Exemple: les logiciels libres.

Alors oui, il s’agit d’une profonde disruption par rapport aux modèles économiques prédominants. Et Rome ne s’est pas construite en un jour.

La notion d’économie collaborative se répand et sensibilise de plus en plus. Nous en avons déjà parlé de la tendance au job-out et Emmanuelle Duez le résume encore mieux que nous: les générations Y et Z ont des aspirations à mille lieux du système capitaliste actuel. « La jeunesse fait un pari, celui de faire passer le pourquoi avant le comment, la flexibilité avant la sécurité, l’exemplarité avant le statutaire, l’ambition de s’accomplir avant celle de réussir », nous explique Emmanuelle Duez.

Alors certes, il reste des défis à relever et des réponses à trouver.  Mais, parce que ,de plus en plus, nous voulons donner du sens à nos vies, parce que nous remettons en question nos modes de consommation et que nous cherchons un juste équilibre entre vie privée et vie professionnelle, un nouveau modèle doit voir le jour. Et nul doute que ce nouveau modèle sera celui de l’économie collaborative.

 

L’économie collaborative à la rescousse de Détroit

Detroit, c’est LA ville symbole du travail à la chaîne, du néo-libéralisme et de son effondrement. Plus grande ville américaine à s’être déclarée en faillite après les crises de 2008, la cité de Ford, Chrysler et General Motors a enchainé les extrêmes passant de la gloire ultime à la déchéance totale. Jusqu’à devenir une ville fantôme.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, abandonnant la ville à son triste sort. Mais c’est sans compte sur la multitude d’initiatives citoyennes qui est en train de lui offrir un nouveau souffle. Quand le hacking urbain et l’économie collaborative sauvent une ville…

 

L’effondrement d’un colosse du capitalisme

Longtemps, celle que l’on surnomme « Motor City » a été l’emblème d’un certain rêve américain. En embauchant à tour de bras, les Big Three (Ford, Chrysler et General Motors) ont fait naitre la classe moyenne. Enfin les gens avaient accès au confort moderne, ont put devenir propriétaires de leur maison et s’acheter une voiture. Mais dès les années 80, la situation commence à se corser. Voulant fuir les syndicats ouvriers, les Big Three délocalisent certaines de leurs usines hors de Detroit. En parallèle, la concurrence japonaise se fait de plus en plus féroce et c’est le début de la fin pour Detroit.

A partir de 2008, les crises s’enchainent (crises financières, économiques et immobilières) et conduisent la ville à la faillite 5 ans plus tard. Elle cumule alors pratiquement 14 milliards € de dettes. Voilà qui fait désordre pour la ville symbole du capitalisme et du néo-libéralisme! De là à en faire la preuve vivante des limites de ce système économique, il n’y a qu’un pas!

La ville est complétement dévastée. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: 80 000 logements abandonnés (soit près d’un sur cinq), 36% de la population vivant sous le seuil de pauvreté, 18,5% de chômage. Rien que pour l’année 2008, la ville a perdu 70.000 emplois. La conséquence, c’est que la ville s’est vidée de ses habitants jusqu’à perdre la moitié de sa population. Celle qui fut un temps la 4ème ville US ne compte désormais plus que 700.000 habitants.

Le paysage urbain n’est désormais fait que de ruines et de friches industrielles abandonnées. 233km2 sont inoccupés sur les 350km2 que compte la ville. Et le manque de moyens financiers ne permet pas à la municipalité de lutter. Les services publics disparaissent petit à petit de certains quartiers. Certains se retrouvent même dans le noir faute d’éclairage public!

Detroit ne serait-elle plus que chaos et désolation? Pas si sûr!

Happy Detroit

Detroit est à terre, alors Detroit part de sa base pour se reconstruire. Sa base au sens propre comme au sens figuré, c’est à dire son sol et sa population. Les initiatives citoyennes se multiplient, allant notamment vers l’agriculture urbaine, l’économie collaborative et durable.

Et cela ne date pas d’hier. Depuis 25 ans déjà, l’association Motor City Blight Busters regroupe des bénévoles qui retapent et redonnent vie à des maisons ou des friches industrielles abandonnées. De quoi ranimer les quartiers désertifiés de la ville. Un exemple récent de leur action? The Artist Village, un immense local qui partait en décrépitude et qui maintenant abrite 5 commerces, 3 appartements en location et un espace de bureaux. C’est devenu un petit centre commercial prospère qui amène dynamisme et vie à tout son quartier.

Partout dans Detroit, le Guerilla Gardening fait rage. Le moindre lopin de terre à l’abandon est reconverti en potager. C’est une vraie nécessité pour cette ville devenue quasiment un désert alimentaire. Pour se nourrir on n’y trouve que des fastfoods, les supermarchés, eux, ont fermé. Acheter des produits frais à cuisiner soi-même est pratiquement devenu mission impossible. Alors les potagers « sauvages » se développent partout. Detroit compte plus de 1.300 jardins communautaires.

Car oui, c’est bien sur la communauté que tout repose. La fondatrice de l’association iamyoungdetroit l’a bien compris. « Notre mission est d’aider à revitaliser Detroit en encourageant les jeunes porteurs de projets à créer leurs entreprises et en mobilisant les citoyens pour qu’ils les soutiennent ». D’autres initiatives citoyennes viennent encourager les entrepreneurs. Des soirées « soup » sont organisées. Le temps d’une soirée, les gens se réunissent autour d’un bol de soupe (à 5$), et des entrepreneurs viennent pitcher leur projet. Le plus convaincant remporte la recette des soupes (au sens financier évidemment!). L’avantage est double, les entrepreneurs se rencontrent, discutent et même les « perdants » trouvent parfois des financiers intéressés par leur projet. Les artistes ne sont pas en reste. Un site industriel désaffecté a ainsi été converti en « parc du street art » et devient une référence en la matière.

Lincoln Street Art Park Lincoln Street Art Park

Source: Urban Underbelly

Paradoxe pour la ville de l’automobile, le vélo est en passe de devenir son nouvel emblème. Avec des transports publics défaillants et de grandes rues souvent désertes, Detroit est devenu le paradis des cyclistes. Les boutiques de vélos se multiplient, la fabrication se fait localement, grâce à la tradition manufacturière de la ville. De grandes randonnées cyclistes sont régulièrement organisées et peuvent réunir plusieurs milliers de participants.

Bref, il y a tant et tant d’initiatives joyeuses et populaires dans cette ville qu’il nous est impossible de toutes vous les citer. La faillite de Detroit lui a peut-être servi de catharsis. La ville, la société, sa vision du travail, tout cela a muté pour faire naître un nouveau modèle collaboratif et durable. Et petit à petit le centre ville se repeuple et reprend vie. De jeunes entrepreneurs, séduits par la nouvelle identité de la ville viennent s’y installer, montent leurs petits business locaux et se déplacent à vélo. Un brin hipster ? Un brin bobo ? Peut-être, mais cela fonctionne…

 

Si le sujet vous intéresse, foncez sur le site Detroit je t’aime qui recense une multitude d’initiatives citoyennes menées par les Detroiters.

Pour que l’économie collaborative reste collaborative

Aujourd’hui les plateformes telles que Uber, AirBnb ou Taskrabbit nous permettent de tout partager, nos voitures, nos appartements, notre savoir-faire. Tout, sauf une chose: la propriété et la gouvernance de ces mêmes plateformes. Alors que le marché du travail a déjà entamé sa mutation vers plus de freelance et moins de salariat, comment éviter que ces plateformes ne deviennent surpuissantes? Si les nouvelles technologies ont permis l’émergence d’une société collaborative, elles n’en restent pas moins largement dominées par des monopoles. Ceux que l’on appelle les GAFAM (Google, Apple, Facebook et Microsoft) sont devenus les nouveaux maîtres du monde. Alors comment défendre et conserver la philosophie de base de l’économie collaborative?

(suite…)