économie locale

Des monnaies parallèles pour un monde bien réel

Il est temps de mettre fin à un mythe. Non la monnaie n’est pas une évolution naturelle du troc. Elle ne doit son existence et sa suprématie qu’à deux choses: des échanges qui se passent toujours à plus grande échelle (jusqu’à la mondialisation actuelle), et la perte de confiance qui en découle.

Rendre service à son voisin représente effectivement bien moins de risque que de rendre ce même service à un inconnu à l’autre bout du pays. Si avec le premier on peut se permettre une dette informelle reposant sur la confiance (je te donne ça, à charge de revanche quand j’aurai besoin de ton aide en retour), c’est totalement inenvisageable avec quelqu’un que l’on ne connaît absolument pas. D’où l’argent, qui règne désormais en maître dans nos vies. Quoique…

Avec la remise en question de nos systèmes économiques et de nos modes de consommation, de nouvelles solutions se développent, non pas pour remplacer la monnaie unique, mais pour fonctionner en parallèle.

Des monnaies locales pour redynamiser les territoires

Partout dans le monde fleurissent les monnaies locales. Il en existerait plus de 5 000. Les précurseurs en la matière sont les suisses qui ont créé le WIR au début des années 30. En pleine crise économique, le but de cette nouvelle monnaie était alors d’aider les PME suisses à maintenir leurs échanges commerciaux, et ce alors même que les banques n’étaient plus capables d’accorder des prêts aux entreprises. Une situation qui n’est pas sans nous rappeler celle que nous vivons aujourd’hui, n’est ce pas ? Et c’est certainement ce qui explique le nouveau boom que connaissent actuellement les monnaies locales. Toujours est-il que le succès du WIR ne se dément toujours pas puisqu’aujourd’hui 65 000 PME suisses l’utilisent.

Ces monnaies locales ont un pouvoir fort sur l’économie d’un territoire. Ne pouvant être épargné, l’argent circule davantage. Et n’ayant aucune valeur en dehors du territoire concerné, il bénéficie uniquement aux acteurs locaux.

Autre avantage, et non des moindres, l’argent reste dans l’économie réelle et ne sert plus à spéculer. Un détail qui a son importance quand on sait que concernant l’euro, 2% à peine de la masse monétaire circule dans l’économie réelle.

 

Brixton Pound

Brixton Pound

Sol Violette à Toulouse

Sol Violette à Toulouse

Il s’agit donc d’un moyen efficace pour défendre les circuits courts et la consommation locale. C’est d’ailleurs l’une des solutions préconisée par le mouvement des Villes en Transition. Fondé par le désormais célèbre Rob Hopkins, ancien prof de permaculture, le mouvement a pour ambition de sensibiliser les habitants d’un territoire donné aux dangers liés à la fois au pic du pétrole à venir et aux changements climatiques. Afin de s’y préparer au mieux, il les invite à développer leur autonomie. Et la création d’une monnaie locale fait partie du panel d’actions conseillées.

Le sol-violette à Toulouse, le Stuck à Strasbourg, la Pêche à Montreuil, et depuis peu la Gonette à Lyon, la France n’est pas en reste et compte plus de 20 monnaies locales réparties partout sur le territoire. Mais c’est de l’autre côté de la Manche, dans la ville de Bristol que la monnaie locale fonctionne le mieux. La ville de 420 000 habitants, 300 000 Bristol Pounds sont en circulation, et le maire perçoit l’intégralité de son salaire dans cette monnaie locale.

Le temps, une nouvelle valeur

Certains poussent l’expérience encore plus loin, et proposent d’échanger autre chose que de la monnaie: du temps. Le but est là encore de renforcer les échanges locaux, mais cette fois en sortant de l’économie monétaire traditionnelle. L’échange se fait sur la base de ressources disponibles autre que la monnaie. Et ce système a donc aussi l’avantage de remettre dans la boucle tous ceux qui sont coupés des échanges classiques à cause de leurs faibles revenus.

Comment fonctionnent les banques du temps ? C’est un échange de services entre particuliers: jardinage, bricolage, cours de langue, informatique… Pour une heure de temps accordée à un autre utilisateur de la banque du temps, la personne se voit créditer une heure sur son compte et peut ensuite l’utiliser quand bon lui semble, pour le service qu’elle aura choisi. Les heures peuvent évidemment se cumuler, et comme pour toutes les autres banques il est possible dans certains cas de contracter une dette.

C’est comme souvent en période de crise que ce système alternatif se développe le plus. Ainsi à Athènes, plus de 1 200 personnes s’échangent régulièrement des services par ce biais.

Si certains les trouvent anecdotiques ou même folkloriques, ces nouvelles solutions d’échange sont pourtant le reflet d’un des défis majeurs de notre société: redistribuer les cartes du pouvoir en sortant du système classique et en créant de nouveaux cercles de confiance. Alors que les inégalités n’ont jamais été aussi élevées dans le monde, l’enjeu est de taille !