inégalité

Les grands déséquilibres de notre économie

Une époque formidable

Une époque formidable… C’était le titre de la conférence organisée par la Tribune et Acteurs de l’Economie ce lundi 21 novembre à Lyon. Durant toute la journée, des intervenants tels que Axel Kahn, Pierre Rabhi, Eric Dupond-Moretti ou Cédric Villani se sont succédés pour partager leur vision du monde actuel et futur. (suite…)

Des monnaies parallèles pour un monde bien réel

Il est temps de mettre fin à un mythe. Non la monnaie n’est pas une évolution naturelle du troc. Elle ne doit son existence et sa suprématie qu’à deux choses: des échanges qui se passent toujours à plus grande échelle (jusqu’à la mondialisation actuelle), et la perte de confiance qui en découle.

Rendre service à son voisin représente effectivement bien moins de risque que de rendre ce même service à un inconnu à l’autre bout du pays. Si avec le premier on peut se permettre une dette informelle reposant sur la confiance (je te donne ça, à charge de revanche quand j’aurai besoin de ton aide en retour), c’est totalement inenvisageable avec quelqu’un que l’on ne connaît absolument pas. D’où l’argent, qui règne désormais en maître dans nos vies. Quoique…

Avec la remise en question de nos systèmes économiques et de nos modes de consommation, de nouvelles solutions se développent, non pas pour remplacer la monnaie unique, mais pour fonctionner en parallèle.

Des monnaies locales pour redynamiser les territoires

Partout dans le monde fleurissent les monnaies locales. Il en existerait plus de 5 000. Les précurseurs en la matière sont les suisses qui ont créé le WIR au début des années 30. En pleine crise économique, le but de cette nouvelle monnaie était alors d’aider les PME suisses à maintenir leurs échanges commerciaux, et ce alors même que les banques n’étaient plus capables d’accorder des prêts aux entreprises. Une situation qui n’est pas sans nous rappeler celle que nous vivons aujourd’hui, n’est ce pas ? Et c’est certainement ce qui explique le nouveau boom que connaissent actuellement les monnaies locales. Toujours est-il que le succès du WIR ne se dément toujours pas puisqu’aujourd’hui 65 000 PME suisses l’utilisent.

Ces monnaies locales ont un pouvoir fort sur l’économie d’un territoire. Ne pouvant être épargné, l’argent circule davantage. Et n’ayant aucune valeur en dehors du territoire concerné, il bénéficie uniquement aux acteurs locaux.

Autre avantage, et non des moindres, l’argent reste dans l’économie réelle et ne sert plus à spéculer. Un détail qui a son importance quand on sait que concernant l’euro, 2% à peine de la masse monétaire circule dans l’économie réelle.

 

Brixton Pound

Brixton Pound

Sol Violette à Toulouse

Sol Violette à Toulouse

Il s’agit donc d’un moyen efficace pour défendre les circuits courts et la consommation locale. C’est d’ailleurs l’une des solutions préconisée par le mouvement des Villes en Transition. Fondé par le désormais célèbre Rob Hopkins, ancien prof de permaculture, le mouvement a pour ambition de sensibiliser les habitants d’un territoire donné aux dangers liés à la fois au pic du pétrole à venir et aux changements climatiques. Afin de s’y préparer au mieux, il les invite à développer leur autonomie. Et la création d’une monnaie locale fait partie du panel d’actions conseillées.

Le sol-violette à Toulouse, le Stuck à Strasbourg, la Pêche à Montreuil, et depuis peu la Gonette à Lyon, la France n’est pas en reste et compte plus de 20 monnaies locales réparties partout sur le territoire. Mais c’est de l’autre côté de la Manche, dans la ville de Bristol que la monnaie locale fonctionne le mieux. La ville de 420 000 habitants, 300 000 Bristol Pounds sont en circulation, et le maire perçoit l’intégralité de son salaire dans cette monnaie locale.

Le temps, une nouvelle valeur

Certains poussent l’expérience encore plus loin, et proposent d’échanger autre chose que de la monnaie: du temps. Le but est là encore de renforcer les échanges locaux, mais cette fois en sortant de l’économie monétaire traditionnelle. L’échange se fait sur la base de ressources disponibles autre que la monnaie. Et ce système a donc aussi l’avantage de remettre dans la boucle tous ceux qui sont coupés des échanges classiques à cause de leurs faibles revenus.

Comment fonctionnent les banques du temps ? C’est un échange de services entre particuliers: jardinage, bricolage, cours de langue, informatique… Pour une heure de temps accordée à un autre utilisateur de la banque du temps, la personne se voit créditer une heure sur son compte et peut ensuite l’utiliser quand bon lui semble, pour le service qu’elle aura choisi. Les heures peuvent évidemment se cumuler, et comme pour toutes les autres banques il est possible dans certains cas de contracter une dette.

C’est comme souvent en période de crise que ce système alternatif se développe le plus. Ainsi à Athènes, plus de 1 200 personnes s’échangent régulièrement des services par ce biais.

Si certains les trouvent anecdotiques ou même folkloriques, ces nouvelles solutions d’échange sont pourtant le reflet d’un des défis majeurs de notre société: redistribuer les cartes du pouvoir en sortant du système classique et en créant de nouveaux cercles de confiance. Alors que les inégalités n’ont jamais été aussi élevées dans le monde, l’enjeu est de taille !

« Chacun Cherche Son Âne », une solution toute trouvée

L’économie positive, c’est aussi la solidarité, la vraie, celle qui amène ses bénéficiaires vers l’autonomie et l’indépendance. Alors nous avons choisi de vous présenter Chacun Cherche Son Âne, une association d’aide à l’autonomie des cultivateurs Burkinabé. Le concept de base: permettre aux paysans du Burkina Faso d’acquérir un âne via un micro-crédit à taux zéro. Pour nous, citadins français, ça n’a l’air de rien, mais pour les ruraux du Burkina Faso ça change tout.
L’association existe depuis presque 6 ans maintenant, et depuis de nouveaux projets ont vu le jour. C’est pour cela d’ailleurs que l’association lève actuellement des fonds sur Bluebees. Laure Berthon, présidente et co-fondatrice de CCSA, nous raconte tout.


 

WeLab: Comment est née l’association?

Laure Berthon: J’ai travaillé quelques années à Boromo pour un projet d’éducation environnementale et m’y suis fait de nombreux amis. Alors lorsqu’en 2009, mon ami Yacouba a perdu son âne et s’est retrouvé en difficulté pour récolter les céréales nécessaires à l’alimentation de sa famille pour toute l’année, j’ai fait appel à la générosité de mes amis en France. Ensemble, nous avons mis en commun quelques euros pour racheter un âne à Yacouba.
Quelques semaines plus tard, nous avons décidé de monter un projet permettant à d’autres familles de la région de Boromo d’acquérir un âne. En février 2010, l’association Chacun Cherche Son Âne voyait le jour et le programme « parrainons un âne » démarrait avec le parrainage d’un premier âne à Boromo.

WeLab: Quel est le constat de départ et comment fonctionne CCSA?

Laure Berthon: Le constat est assez simple : au Burkina Faso, la population assure sa subsistance avec très peu de moyens. La grande majorité des familles vit avec environ 1€ par jour et se nourrit principalement des céréales qu’elle cultive. L’âne est un outil indispensable pour faciliter durablement l’agriculture vivrière et les corvées quotidiennes (transport de l’eau, transport de marchandises, travaux agricoles etc.). Persuadés, comme de nombreuses familles burkinabè, que l’âne est un outil de développement durable, nous avons développé des programmes solidaires autour de celui-ci, répondant aux besoins des cultivateurs.
L’association française « Chacun Cherche Son Ane », constituée d’une équipe de 10 bénévoles, travaille main dans la main avec l’association burkinabè  de même nom, coordonnée par une équipe locale indemnisée pour son travail. CCSA-France collecte des fonds et élabore des programmes solidaires avec CCSA-Burkina Faso qui les met en oeuvre.

WeLab: L’association existe depuis maintenant 5 ans, suffisamment pour prendre du recul et mesurer son impact. Quels sont les résultats jusqu’à présent? 

Laure Berthon: A ce jour, nous développons 2 programmes dans 8 villages de la région de Boromo :
–  « Parrainons un âne » qui permet à des familles d’acquérir un âne par le biais d’un microcrédit à taux zéro financé par un « parrainage » qui prend la forme d’un don de 99€ (déductible à 66% des impôts, puisque notre association est reconnue d’intérêt général).
– « Des charrettes en partage » qui propose aux familles ayant acquis un âne, de se partager une charrette et une charrue par petits groupes de 3 à 5 familles dans chaque village. Nous levons d’ailleurs des fonds en ce moment pour le volet 2016 du programme par le biais d’une campagne sur bluebees.
Depuis notre création nous avons soutenu une centaine de familles et améliorons leur quotidien en répondant à leurs besoins concrets.

WeLab: Quels sont les projets de développement de l’association? 

Laure Berthon: Nous réfléchissons à la mise en œuvre d’un programme centré sur l’agroécologie afin de lutter contre les intrants chimiques qui envahissent progressivement les terres cultivables… Pour cela, notre équipe burkinabè a participé aux rencontres/formations à l’agroécologie qui ont eu lieu en février dernier au Burkina avec la fondation Terre & Humanisme en présence de Pierre Rabhi.
Nous avons aussi mené une enquête auprès de nos bénéficiaires afin d’évaluer la pertinence du développement d’un programme sur ce thème et l’impact de nos actions dont les résultats sont consultables sur notre site internet.

WeLab: L’ambition de WeLab est de diffuser des infos positives. Peux-tu partager avec nous une ou deux bonnes nouvelles qui concernent CCSA ou le Burkina ? 

Laure Berthon: Une bonne nouvelle pour le Burkina Faso? Je dirais la force de son peuple et sa victoire pour la démocratie !
En effet, ce pays est devenu un exemple pour la démocratie en Afrique de l’Ouest. La population a mené en octobre 2014 une véritable révolution populaire pour mettre fin aux 27 ans de pouvoir du président Blaise Compaoré. Elle a ensuite réussi à arrêter en quelques jours le coup d’état du Général Dienderé en septembre dernier. Enfin, un nouveau président a été élu il y a quelques semaines par le biais d’élections démocratiques et sans aucun heurts. Le Burkina Faso est aujourd’hui un exemple pour de nombreux pays africains et porte bien son nom de « pays des hommes intègres »!
Une bonne nouvelle pour CCSA ? L’affection que nous portent les professionnels des ânes en France! Nos actions ont été relayées dans le magazine spécialisé « Les cahiers de l’âne » en mai 2014 : un véritable gage de confiance pour nos actions. Nous travaillons aussi depuis peu, avec France Anes et Mulets, fédération des éleveurs et utilisateurs professionnels des ânes, qui nous a notamment invité sur le salon du cheval à ses cotés et réfléchit avec nous au développement de nos programmes​ solidaires​.

Le revenu de base en 5 questions

Attention, sujet polémique! Utopique pour les uns, catastrophique pour les autres, l’idée d’un revenu de base s’invite de plus en plus souvent sur le devant de la scène. Et certains, toujours plus nombreux, y croient dur comme fer. Défendu par des économistes et des politiques de tous bords ainsi que par des citoyens partout dans le monde, le revenu universel est-il la solution aux bouleversements économiques et sociétaux que nous sommes en train de vivre? Essayons d’y voir un peu plus clair!

Quel est le principe?

Le principe est simple, il consiste à verser une allocation à vie sans condition d’âge, de ressource et sans obligation de travailler. En gros donc, absolument tout le monde percevrait la même somme tous les mois pendant toute sa vie d’adulte. Le montant de cette allocation fait encore débat et varie entre 400€ pour certains et 850€ pour d’autres. Le but de cette allocation étant de permettre à chacun de subvenir à ses besoins vitaux. Bien, bien… Voilà qui vous laisse sceptique non? 


 

Sur quelle logique économique repose-t-il?

C’est la première question que l’on se pose. Parce que l’idée de distribuer de l’argent à tout le monde aussi facilement est franchement choquante quand on sait à quel point les caisses de l’état sont vides.

Mais essayons de sortir un peu du cadre et de penser « hors de la boite », comme diraient nos amis anglo-saxons. Aujourd’hui, un tas d’allocations et d’aides viennent soutenir les personnes en difficulté. Pour quelle efficacité ? Beaucoup sont considérées comme des trappes à l’inactivité n’incitant pas leurs bénéficiaires à retrouver un emploi.

En parallèle, nous pouvons considérer que les activités rémunérées ne sont pas les seules à créer de la richesse. Les femmes et hommes au foyer, les bénévoles du milieu associatif, les aidants aux personnes dépendantes sont autant d’actifs non rémunérés sur lesquels repose pourtant une bonne partie de la société.

Autre atout du revenu de base, il viendrait corriger les inégalités de plus en plus importantes dans nos sociétés en assurant à chacun un pécule minimum lui permettant de prendre plus d’initiatives et de risques dans sa carrière.
Soyons lucides 850€ mensuels ne suffisent pas pour vivre, mais ils nous permettraient de faire disparaître l’extrême pauvreté qui touche de plus en plus notre pays. Nous serions aussi plus libres dans le choix de notre travail (dont le salaire viendrait en complément) car nous en dépendrions moins. Quand on sait qu’en France 12,3% des salariés vivent dans la précarité, il y a de quoi se poser des questions sur notre système actuel.


 

Pourquoi cette idée revient-elle au goût du jour?

La faute à la crise! Pas la crise en tant que telle, mais la crise en tant que signal d’un épuisement de notre modèle économique, d’une remise en question de notre modèle sociétal.

Il convient de s’attarder sur le principe philosophique du revenu de base. Il remet complétement en question notre vision de la notion de « travail ». Nous sacrifions (et le terme est choisi consciemment car nombreux sont ceux qui subissent plutôt que choisissent) une grande partie de notre temps à travailler. Le travail, en plus d’être une condition de survie, est aussi une valeur sociale fondamentale. Nous pensons tous devoir nous « réaliser » à travers notre emploi.

Mais à l’heure où le système libéral semble à bout de souffle, à l’heure où les robots menacent de plus en plus de nos emplois, il est bon de remettre en question cette suprématie du travail dans nos vies. Le travail est-il vraiment le propre de l’homme? Alors qu’on parle de plus en plus de « bullshit jobs », ces emplois qui n’ont d’autre sens que de nous faire gagner notre vie, on découvre les limites d’un modèle économique reposant sur la nécessité d’une croissance éternelle, alors même que nous devons composer avec des ressources limitées. Depuis les années 90, Jérémy Rifkin prédit la fin du travail et de plus en plus de voix se joignent à la sienne et implorent la société de s’y préparer. Le Revenu de Base fait clairement partie des pistes de réflexion.


 

Comment le financer?

Les idées de financement ne manquent pas. Certains proposent de le financer par la taxe carbone sous la forme d’un chèque vert. D’autres encore parlent de supprimer tous les impôts et taxes et de les remplacer par une TVA beaucoup plus importante. Les avantages d’un tel système sont nombreux: plus forte compétitivité de nos entreprises (totalement libérées de l’impôt et des contraintes administratives qui en découlent), égalité de taxation pour tous les produits qu’ils viennent de France ou de Chine par exemple… Un problème majeur subsiste néanmoins: l’impossibilité de prévoir à l’avance le budget de l’état.

L’économiste Marc de Basquiat préconise lui de transformer l’impôt sur le revenu en « impôt universel de redistribution des revenus ». Dans ce cas, le RSA, la prime pour l’emploi et les exonérations de cotisations patronales disparaitraient au profit de ce revenu de base reversé à tous.

Autre possibilité: ne plus créer de la monnaie par le crédit bancaire, comme cela se fait actuellement, mais par la distribution du revenu de base. Pour l’instant, les banques créent l’argent qu’elles prêtent. Si l’on changeait la manière de créer la monnaie, elles ne pourraient utiliser que l’argent qui a été placé par les épargnants ou celui qui lui aura été prêté par la Banque centrale. Voilà qui permettrait en prime de contrôler la monnaie en circulation et d’empêcher les bulles spéculatives.

Le mouvement pour le revenu de base français présente 8 pistes envisageables, toutes prouvant que le système du revenu de base pourrait devenir viable.


 

Le revenu de base a-t-il déjà été expérimenté ?

Oui, et  son efficacité a même été partiellement prouvée. Alors, après toutes ces explications théoriques, voici les faits. Au Brésil, au temps de sa présidence Lula avait instauré « La Bolsa Familia », ce revenu de base a aidé 12 millions de familles à sortir de la pauvreté.

En Namibie, ce sont tous les habitants d’un village qui se sont vu attribuer l’équivalent de 10€ mensuels pendant deux ans. Les résultats parlent d’eux-mêmes: de nombreuses activités commerciales et économiques ont vu le jour, le taux de scolarisation a atteint 90% tandis que la criminalité et l’alcoolisme ont drastiquement chuté. En bref, libérés de la lutte quotidienne pour leur survie, les habitants ont vu s’ouvrir de nouvelles perspectives et ont pu se lancer dans des projets à moyen et long termes. Le gouvernement namibien réfléchit donc à étendre cette mesure à l’ensemble du pays.

En Alaska, le revenu de base existe depuis plus de 30 ans. Il est financé par les revenus du pétrole. Et l’expérience a montré que 95% des bénéficiaires avaient conservé un travail rémunéré ou s’étaient consacré à des activités utiles à la société. Plus près de chez nous, à Utrecht aux Pays-Bas, la municipalité teste ce système sur plusieurs centaines de familles. En Finlande, on envisage également de verser 1.000€ par habitants à partir de 2017.

Et en France ? Un sondage de l’Ifop a révélé en mai dernier que 60% des français y seraient favorables. A suivre, donc !

Inégalité & Croissance


le bout du tunnerfacade immeublefacade immeubleC’est le genre d’info que l’on a du mal à vraiment appréhender : 1% des humains les plus fortunés possèdent la moitié de la richesse mondiale. Voilà de quoi nous laisser pantois, voire dubitatif. Comment est-ce possible ?

Outre les questions pratico-pratique (mais que diable font-ils de tout cet argent ?), restent des interrogations plus poussées : d’où vient se creusement des inégalités ? Quelles en sont les conséquences économiques et sociales et comment y remédier ?

Voici un article en guide d’introduction à un thème que nous développerons régulièrement dans ce blog.

(suite…)