Zero waste: l’interview!

Ca y est, la COP 21 est officiellement lancée!
L’occasion pour nous de revenir sur la démarche Zero Waste (zéro déchet, zéro gaspillage). En recyclant ou compostant plus de 80% de ses déchets, San Francisco en est devenue LA ville-symbole. De la sensibilisation à la collecte en passant par le compostage, c’est la coopérative Recology qui, depuis le début, est aux commandes de cette opération couronnée de succès.
Robert Reed, son porte-parole, nous explique comment l’une des plus grandes villes des Etats-Unis a réussi son pari du Zero Gaspillage.


 

WeLab: Comment êtes-vous parvenus à changer les habitudes des habitants de San Francisco?

Robert Reed: Nous avons fait beaucoup de choses. Depuis le début, Recology et la mairie de San Francisco se réunissent toutes les semaines pour discuter et essayer de faciliter toujours plus le recyclage pour les habitants et les entreprises. Rendre le recyclage facile et pratique a toujours été et restera notre principale priorité.  Nous nous considérons comme des fournisseurs de services. Nous avons développé un système de 3 poubelles, chacune avec sa propre couleur. Cela rend le programme visuellement facile à comprendre. Nous avons aussi collé des autocollants sur chaque couvercle indiquant clairement ce qui pouvait être jeté dans chaque poubelle. Ainsi, quelque soit la langue que vous parlez, vous pouvez en un coup d’oeil savoir à quel type de matériau correspond chaque poubelle.
Puis en interne, nous avons travaillé sur l’amélioration et l’élargissement de nos systèmes de tri et de compostage afin de pouvoir intégrer toujours plus de matériaux différents, notamment pour les plastiques et le compostage.
Nous avons travaillé conjointement avec les médias pour passer le message et faire comprendre aux gens combien il est important de recycler et composter. Nous avons organisé des projections de films et des réunions de quartier. Nous avons ouvert nos centres de recyclage aux visites et recevons environ 4 000 visiteurs par an, principalement des étudiants.
Le maire de San Francisco parle du programme Zero Waste régulièrement et avec beaucoup d’engagement et de passion.
Nous rédigeons aussi de nombreux articles sur le sujet.  Puis nous les envoyons par newsletter et les mettons en ligne sur notre site Internet www.RecologySF.com, que nous mettons d’ailleurs régulièrement à jour. Nous diffusons également des messages de sensibilisation sur la chaine de télé locale.
Toutes ces actions, combinées à d’autres encore, ont encouragé les habitants de San Francisco à participer. Au départ il a été difficile de changer les habitudes et de faire comprendre aux gens que leurs déchets n’en étaient pas vraiment dans le sens où ils étaient réutilisables. Mais tous nos efforts ont finalement porté leurs fruits.

Welab: Pour inciter au recyclage, la ville de San Francisco a décidé de sur-taxer l’équivalent de nos poubelles noires, c’est à dire celles qui contiennent tout ce qui ne peut pas être recyclé. En France, les autorités semblent penser que cela ne fonctionnerait pas chez nous car certains iraient jeter leurs déchets dans la poubelle de leurs voisins. Avez-vous été confrontés à ce problème à San Francisco?

Robert Reed: Absolument pas. Il y aura toujours des gens pour mettre en doute de nouvelles pratiques. Pour être honnête, en France beaucoup de politiciens sont de mèche avec les sociétés d’incinération. Je ne suis donc pas surpris qu’ils ne soient pas enthousiastes quant au développement d’autres solutions que l’incinération. Entre parenthèse, le recyclage crée dix fois plus d’emplois que l’incinération. Et l’incinération détruit des ressources telles que le papier et des restes de nourriture, ce que je trouve criminel.

WeLab: Pensez-vous que la culture ou le mode de vie de certains pays rendent la démarche Zero Waste inapplicable?

Robert Reed: Les pays développés, drogués à la consommation, sont en train de détruire la planète. Ils devraient être les premiers à prendre des initiatives fortes pour arrêter le gaspillage et la production de déchets non recyclés. Il existe d’ailleurs des cultures qui vivent en harmonie totale avec la nature et qui comme elle ne gaspillent rien.

WeLab: Qu’en est-il des pays qui voient apparaitre la consommation de masse? Est-il possible qu’ils adoptent dès le départ une démarche Zero Waste?

Robert Reed: On ne change pas une culture et des habitudes de vie  du jour au lendemain. Ce que je recommande dans un premier temps, c’est de tester différents systèmes de tri et de collecte des déchets recyclables dans quelques quartiers. Cela permet de voir ce qui fonctionne le mieux et de l’appliquer ensuite au reste de la ville.

WeLab: Les gouvernements de ces pays  ont-ils la possibilité financière de considérer le recyclage comme une de leur priorité?

Robert Reed: Si l’on veut être financièrement responsable, il faut prendre en compte tous les coûts, y compris ceux à long terme. Et dans ce cas, il est absolument nécessaire de prévoir et de développer des espaces de compostage ainsi que de mettre en place des programmes de recyclage.

WeLab se veut pourvoyeur d’info positive et d’optimisme. Pourriez-vous partager avec nous une ou deux bonnes nouvelles?

Robert Reed: La première bonne nouvelle provient des recherches du Marin Carbon Project. Elles ont permis de prouver que l’application d’une couche d’environ 1cm de compost sur l’ensemble des pâturages et des prairies permettrait de compenser un peu plus de la moitié de nos émissions de carbone.
La seconde, c’est que l’Institut Rodale a prouvé qu’en période de sécheresse, l’agriculture naturelle (c’est à dire avec utilisation de compost) permettait d’augmenter le rendement des cultures de 31% par rapport à l’agriculture chimique.

Un grand merci à Robert Reed de nous avoir accordé cette interview!

Pour en savoir plus, allez donc jeter un oeil sur le site de Zero Waste France.

Par Céline Beaufils

 

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