street art

La Ville Récréative: vers une ville kids friendly

Dans un environnement urbain où tout est cartésien, rapide et optimisé, quelle place laisse-t-on au ludique, au désordre, à l’inattendu? Alors que partout dans le monde l’urbanisation est galopante, les enfants sont les grands oubliés de nos métropoles. A tel point que l’on parle désormais de « villes post-familles » ou de « childless cities ». Mais la crise qui dure et qui semble sans fin nous amène à considérer le tissu urbain sous un autre prisme que sa simple efficacité. Désormais l’urbanisme et l’architecture développent des approches sociales pour enfin construire une autre ville : une ville récréative. (suite…)

Métamorphose urbaine

Quand un quartier abandonné devient le plus branché de la ville grâce au street art…. C’est le petit miracle qui a été accompli dans le quartier de Wynwood à Miami. En moins de 10 ans, les friches industrielles ont laissé place à des galeries d’art, studios de musiques, enseignes de modes … Désormais ce sont même des incubateurs et espaces de co-working qui viennent s’y installer.

A découvrir dans cette vidéo du blog Demain la Ville!

 

L’économie collaborative à la rescousse de Détroit

Detroit, c’est LA ville symbole du travail à la chaîne, du néo-libéralisme et de son effondrement. Plus grande ville américaine à s’être déclarée en faillite après les crises de 2008, la cité de Ford, Chrysler et General Motors a enchainé les extrêmes passant de la gloire ultime à la déchéance totale. Jusqu’à devenir une ville fantôme.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, abandonnant la ville à son triste sort. Mais c’est sans compte sur la multitude d’initiatives citoyennes qui est en train de lui offrir un nouveau souffle. Quand le hacking urbain et l’économie collaborative sauvent une ville…

 

L’effondrement d’un colosse du capitalisme

Longtemps, celle que l’on surnomme « Motor City » a été l’emblème d’un certain rêve américain. En embauchant à tour de bras, les Big Three (Ford, Chrysler et General Motors) ont fait naitre la classe moyenne. Enfin les gens avaient accès au confort moderne, ont put devenir propriétaires de leur maison et s’acheter une voiture. Mais dès les années 80, la situation commence à se corser. Voulant fuir les syndicats ouvriers, les Big Three délocalisent certaines de leurs usines hors de Detroit. En parallèle, la concurrence japonaise se fait de plus en plus féroce et c’est le début de la fin pour Detroit.

A partir de 2008, les crises s’enchainent (crises financières, économiques et immobilières) et conduisent la ville à la faillite 5 ans plus tard. Elle cumule alors pratiquement 14 milliards € de dettes. Voilà qui fait désordre pour la ville symbole du capitalisme et du néo-libéralisme! De là à en faire la preuve vivante des limites de ce système économique, il n’y a qu’un pas!

La ville est complétement dévastée. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: 80 000 logements abandonnés (soit près d’un sur cinq), 36% de la population vivant sous le seuil de pauvreté, 18,5% de chômage. Rien que pour l’année 2008, la ville a perdu 70.000 emplois. La conséquence, c’est que la ville s’est vidée de ses habitants jusqu’à perdre la moitié de sa population. Celle qui fut un temps la 4ème ville US ne compte désormais plus que 700.000 habitants.

Le paysage urbain n’est désormais fait que de ruines et de friches industrielles abandonnées. 233km2 sont inoccupés sur les 350km2 que compte la ville. Et le manque de moyens financiers ne permet pas à la municipalité de lutter. Les services publics disparaissent petit à petit de certains quartiers. Certains se retrouvent même dans le noir faute d’éclairage public!

Detroit ne serait-elle plus que chaos et désolation? Pas si sûr!

Happy Detroit

Detroit est à terre, alors Detroit part de sa base pour se reconstruire. Sa base au sens propre comme au sens figuré, c’est à dire son sol et sa population. Les initiatives citoyennes se multiplient, allant notamment vers l’agriculture urbaine, l’économie collaborative et durable.

Et cela ne date pas d’hier. Depuis 25 ans déjà, l’association Motor City Blight Busters regroupe des bénévoles qui retapent et redonnent vie à des maisons ou des friches industrielles abandonnées. De quoi ranimer les quartiers désertifiés de la ville. Un exemple récent de leur action? The Artist Village, un immense local qui partait en décrépitude et qui maintenant abrite 5 commerces, 3 appartements en location et un espace de bureaux. C’est devenu un petit centre commercial prospère qui amène dynamisme et vie à tout son quartier.

Partout dans Detroit, le Guerilla Gardening fait rage. Le moindre lopin de terre à l’abandon est reconverti en potager. C’est une vraie nécessité pour cette ville devenue quasiment un désert alimentaire. Pour se nourrir on n’y trouve que des fastfoods, les supermarchés, eux, ont fermé. Acheter des produits frais à cuisiner soi-même est pratiquement devenu mission impossible. Alors les potagers « sauvages » se développent partout. Detroit compte plus de 1.300 jardins communautaires.

Car oui, c’est bien sur la communauté que tout repose. La fondatrice de l’association iamyoungdetroit l’a bien compris. « Notre mission est d’aider à revitaliser Detroit en encourageant les jeunes porteurs de projets à créer leurs entreprises et en mobilisant les citoyens pour qu’ils les soutiennent ». D’autres initiatives citoyennes viennent encourager les entrepreneurs. Des soirées « soup » sont organisées. Le temps d’une soirée, les gens se réunissent autour d’un bol de soupe (à 5$), et des entrepreneurs viennent pitcher leur projet. Le plus convaincant remporte la recette des soupes (au sens financier évidemment!). L’avantage est double, les entrepreneurs se rencontrent, discutent et même les « perdants » trouvent parfois des financiers intéressés par leur projet. Les artistes ne sont pas en reste. Un site industriel désaffecté a ainsi été converti en « parc du street art » et devient une référence en la matière.

Lincoln Street Art Park Lincoln Street Art Park

Source: Urban Underbelly

Paradoxe pour la ville de l’automobile, le vélo est en passe de devenir son nouvel emblème. Avec des transports publics défaillants et de grandes rues souvent désertes, Detroit est devenu le paradis des cyclistes. Les boutiques de vélos se multiplient, la fabrication se fait localement, grâce à la tradition manufacturière de la ville. De grandes randonnées cyclistes sont régulièrement organisées et peuvent réunir plusieurs milliers de participants.

Bref, il y a tant et tant d’initiatives joyeuses et populaires dans cette ville qu’il nous est impossible de toutes vous les citer. La faillite de Detroit lui a peut-être servi de catharsis. La ville, la société, sa vision du travail, tout cela a muté pour faire naître un nouveau modèle collaboratif et durable. Et petit à petit le centre ville se repeuple et reprend vie. De jeunes entrepreneurs, séduits par la nouvelle identité de la ville viennent s’y installer, montent leurs petits business locaux et se déplacent à vélo. Un brin hipster ? Un brin bobo ? Peut-être, mais cela fonctionne…

 

Si le sujet vous intéresse, foncez sur le site Detroit je t’aime qui recense une multitude d’initiatives citoyennes menées par les Detroiters.

Par Céline Beaufils

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L’art de se faire le mur

En terme de culture, le street art est peut-être la discipline la plus en adéquation avec l’économie du partage. Accessible à tous, gratuitement, le street art transforme les murs de nos villes en toiles de maîtres. Parmi ces artistes, l’un d’eux permet aux oeuvres de faire le mur, dans tous les sens du terme.

Du street art collaboratif

Julien de Casabianca a lancé Outings Project en 2014. Le principe? Libérer les oeuvres classiques oubliées, les sortir du carcan des musées afin de les rendre accessibles à tous. Pour cela, rien de plus simple. Il déniche d’abord un oeuvre « solitaire », celleque l’on délaisse au profit des toiles majeures du musée. Il en photographie le personnage principal avec son smartphone. Puis il fait imprimer cette photo en grand, très grand et y découpe la silhouette du personnage. Enfin, il colle le cliché sur le mur décrépi d’une rue.

Esthétique, poétique et tendrement décalé, son travail s’étale maintenant sur les murs du monde entier. Et la démarche de Julien de Casabianca va plus loin que sa simple expression personnelle. Partout, il invite les citoyens à se joindre à ce mouvement, devenu largement collaboratif. Vous avez un smartphone et une paire de ciseaux? Alors vous aussi vous pouvez en être! sur son site, l’artiste explique le process à suivre, comment bien prendre la photo, les dimensions etc etc. Mieux il propose d’imprimer lui-même le personnage avec le papier et l’encre appropriés (pour une somme bien raisonnable,8€ d’impression et 20€ de frais d’envoi).

Nous parions récemment de l’importance pour les citadins de se réapproprier la ville, notamment par le hacking urbain. Outings Project nous offre un nouvelle solution plein de charme et de poésie.

La galerie d’outings

Outings-Project-de-Julien-de-Casabianca

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Outings Project de Julien de Casabianca

Crédits photos: Julien de Casabianca – Outings Project

Par Céline Beaufils

 

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