Archives mensuelles : décembre 2015

Du temps au temps

Il ne se passe pas grand chose cette semaine sur We-Lab, mais ce n’est pas pour autant que l’on se tourne les pouces. Cette petite trêve hivernale nous permet de faire le plein de nouvelles idées et de nouveaux sujets à partager avec vous en 2016.

L’occasion idéale pour diffuser un extrait du documentaire « L’urgence de ralentir » diffusé sur Arte il y a un peu plus d’un an. Un point de vue intéressant du philosophe Bernard Stiegler sur les limites d’un monde où tout va trop vite.

NB: Nous ne connaissons ni les publications ni les positions de Bernard Stiegler. Nous ne voulons pas ici mettre en avant l’ensemble de son travail mais seulement cette intervention qui nous parait pertinente.

Par Céline Beaufils

Métamorphose urbaine

Quand un quartier abandonné devient le plus branché de la ville grâce au street art…. C’est le petit miracle qui a été accompli dans le quartier de Wynwood à Miami. En moins de 10 ans, les friches industrielles ont laissé place à des galeries d’art, studios de musiques, enseignes de modes … Désormais ce sont même des incubateurs et espaces de co-working qui viennent s’y installer.

A découvrir dans cette vidéo du blog Demain la Ville!

 

L’économie collaborative à la rescousse de Détroit

Detroit, c’est LA ville symbole du travail à la chaîne, du néo-libéralisme et de son effondrement. Plus grande ville américaine à s’être déclarée en faillite après les crises de 2008, la cité de Ford, Chrysler et General Motors a enchainé les extrêmes passant de la gloire ultime à la déchéance totale. Jusqu’à devenir une ville fantôme.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, abandonnant la ville à son triste sort. Mais c’est sans compte sur la multitude d’initiatives citoyennes qui est en train de lui offrir un nouveau souffle. Quand le hacking urbain et l’économie collaborative sauvent une ville…

 

L’effondrement d’un colosse du capitalisme

Longtemps, celle que l’on surnomme « Motor City » a été l’emblème d’un certain rêve américain. En embauchant à tour de bras, les Big Three (Ford, Chrysler et General Motors) ont fait naitre la classe moyenne. Enfin les gens avaient accès au confort moderne, ont put devenir propriétaires de leur maison et s’acheter une voiture. Mais dès les années 80, la situation commence à se corser. Voulant fuir les syndicats ouvriers, les Big Three délocalisent certaines de leurs usines hors de Detroit. En parallèle, la concurrence japonaise se fait de plus en plus féroce et c’est le début de la fin pour Detroit.

A partir de 2008, les crises s’enchainent (crises financières, économiques et immobilières) et conduisent la ville à la faillite 5 ans plus tard. Elle cumule alors pratiquement 14 milliards € de dettes. Voilà qui fait désordre pour la ville symbole du capitalisme et du néo-libéralisme! De là à en faire la preuve vivante des limites de ce système économique, il n’y a qu’un pas!

La ville est complétement dévastée. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: 80 000 logements abandonnés (soit près d’un sur cinq), 36% de la population vivant sous le seuil de pauvreté, 18,5% de chômage. Rien que pour l’année 2008, la ville a perdu 70.000 emplois. La conséquence, c’est que la ville s’est vidée de ses habitants jusqu’à perdre la moitié de sa population. Celle qui fut un temps la 4ème ville US ne compte désormais plus que 700.000 habitants.

Le paysage urbain n’est désormais fait que de ruines et de friches industrielles abandonnées. 233km2 sont inoccupés sur les 350km2 que compte la ville. Et le manque de moyens financiers ne permet pas à la municipalité de lutter. Les services publics disparaissent petit à petit de certains quartiers. Certains se retrouvent même dans le noir faute d’éclairage public!

Detroit ne serait-elle plus que chaos et désolation? Pas si sûr!

Happy Detroit

Detroit est à terre, alors Detroit part de sa base pour se reconstruire. Sa base au sens propre comme au sens figuré, c’est à dire son sol et sa population. Les initiatives citoyennes se multiplient, allant notamment vers l’agriculture urbaine, l’économie collaborative et durable.

Et cela ne date pas d’hier. Depuis 25 ans déjà, l’association Motor City Blight Busters regroupe des bénévoles qui retapent et redonnent vie à des maisons ou des friches industrielles abandonnées. De quoi ranimer les quartiers désertifiés de la ville. Un exemple récent de leur action? The Artist Village, un immense local qui partait en décrépitude et qui maintenant abrite 5 commerces, 3 appartements en location et un espace de bureaux. C’est devenu un petit centre commercial prospère qui amène dynamisme et vie à tout son quartier.

Partout dans Detroit, le Guerilla Gardening fait rage. Le moindre lopin de terre à l’abandon est reconverti en potager. C’est une vraie nécessité pour cette ville devenue quasiment un désert alimentaire. Pour se nourrir on n’y trouve que des fastfoods, les supermarchés, eux, ont fermé. Acheter des produits frais à cuisiner soi-même est pratiquement devenu mission impossible. Alors les potagers « sauvages » se développent partout. Detroit compte plus de 1.300 jardins communautaires.

Car oui, c’est bien sur la communauté que tout repose. La fondatrice de l’association iamyoungdetroit l’a bien compris. « Notre mission est d’aider à revitaliser Detroit en encourageant les jeunes porteurs de projets à créer leurs entreprises et en mobilisant les citoyens pour qu’ils les soutiennent ». D’autres initiatives citoyennes viennent encourager les entrepreneurs. Des soirées « soup » sont organisées. Le temps d’une soirée, les gens se réunissent autour d’un bol de soupe (à 5$), et des entrepreneurs viennent pitcher leur projet. Le plus convaincant remporte la recette des soupes (au sens financier évidemment!). L’avantage est double, les entrepreneurs se rencontrent, discutent et même les « perdants » trouvent parfois des financiers intéressés par leur projet. Les artistes ne sont pas en reste. Un site industriel désaffecté a ainsi été converti en « parc du street art » et devient une référence en la matière.

Lincoln Street Art Park Lincoln Street Art Park

Source: Urban Underbelly

Paradoxe pour la ville de l’automobile, le vélo est en passe de devenir son nouvel emblème. Avec des transports publics défaillants et de grandes rues souvent désertes, Detroit est devenu le paradis des cyclistes. Les boutiques de vélos se multiplient, la fabrication se fait localement, grâce à la tradition manufacturière de la ville. De grandes randonnées cyclistes sont régulièrement organisées et peuvent réunir plusieurs milliers de participants.

Bref, il y a tant et tant d’initiatives joyeuses et populaires dans cette ville qu’il nous est impossible de toutes vous les citer. La faillite de Detroit lui a peut-être servi de catharsis. La ville, la société, sa vision du travail, tout cela a muté pour faire naître un nouveau modèle collaboratif et durable. Et petit à petit le centre ville se repeuple et reprend vie. De jeunes entrepreneurs, séduits par la nouvelle identité de la ville viennent s’y installer, montent leurs petits business locaux et se déplacent à vélo. Un brin hipster ? Un brin bobo ? Peut-être, mais cela fonctionne…

 

Si le sujet vous intéresse, foncez sur le site Detroit je t’aime qui recense une multitude d’initiatives citoyennes menées par les Detroiters.

Par Céline Beaufils

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« Chacun Cherche Son Âne », une solution toute trouvée

L’économie positive, c’est aussi la solidarité, la vraie, celle qui amène ses bénéficiaires vers l’autonomie et l’indépendance. Alors nous avons choisi de vous présenter Chacun Cherche Son Âne, une association d’aide à l’autonomie des cultivateurs Burkinabé. Le concept de base: permettre aux paysans du Burkina Faso d’acquérir un âne via un micro-crédit à taux zéro. Pour nous, citadins français, ça n’a l’air de rien, mais pour les ruraux du Burkina Faso ça change tout.
L’association existe depuis presque 6 ans maintenant, et depuis de nouveaux projets ont vu le jour. C’est pour cela d’ailleurs que l’association lève actuellement des fonds sur Bluebees. Laure Berthon, présidente et co-fondatrice de CCSA, nous raconte tout.


 

WeLab: Comment est née l’association?

Laure Berthon: J’ai travaillé quelques années à Boromo pour un projet d’éducation environnementale et m’y suis fait de nombreux amis. Alors lorsqu’en 2009, mon ami Yacouba a perdu son âne et s’est retrouvé en difficulté pour récolter les céréales nécessaires à l’alimentation de sa famille pour toute l’année, j’ai fait appel à la générosité de mes amis en France. Ensemble, nous avons mis en commun quelques euros pour racheter un âne à Yacouba.
Quelques semaines plus tard, nous avons décidé de monter un projet permettant à d’autres familles de la région de Boromo d’acquérir un âne. En février 2010, l’association Chacun Cherche Son Âne voyait le jour et le programme « parrainons un âne » démarrait avec le parrainage d’un premier âne à Boromo.

WeLab: Quel est le constat de départ et comment fonctionne CCSA?

Laure Berthon: Le constat est assez simple : au Burkina Faso, la population assure sa subsistance avec très peu de moyens. La grande majorité des familles vit avec environ 1€ par jour et se nourrit principalement des céréales qu’elle cultive. L’âne est un outil indispensable pour faciliter durablement l’agriculture vivrière et les corvées quotidiennes (transport de l’eau, transport de marchandises, travaux agricoles etc.). Persuadés, comme de nombreuses familles burkinabè, que l’âne est un outil de développement durable, nous avons développé des programmes solidaires autour de celui-ci, répondant aux besoins des cultivateurs.
L’association française « Chacun Cherche Son Ane », constituée d’une équipe de 10 bénévoles, travaille main dans la main avec l’association burkinabè  de même nom, coordonnée par une équipe locale indemnisée pour son travail. CCSA-France collecte des fonds et élabore des programmes solidaires avec CCSA-Burkina Faso qui les met en oeuvre.

WeLab: L’association existe depuis maintenant 5 ans, suffisamment pour prendre du recul et mesurer son impact. Quels sont les résultats jusqu’à présent? 

Laure Berthon: A ce jour, nous développons 2 programmes dans 8 villages de la région de Boromo :
–  « Parrainons un âne » qui permet à des familles d’acquérir un âne par le biais d’un microcrédit à taux zéro financé par un « parrainage » qui prend la forme d’un don de 99€ (déductible à 66% des impôts, puisque notre association est reconnue d’intérêt général).
– « Des charrettes en partage » qui propose aux familles ayant acquis un âne, de se partager une charrette et une charrue par petits groupes de 3 à 5 familles dans chaque village. Nous levons d’ailleurs des fonds en ce moment pour le volet 2016 du programme par le biais d’une campagne sur bluebees.
Depuis notre création nous avons soutenu une centaine de familles et améliorons leur quotidien en répondant à leurs besoins concrets.

WeLab: Quels sont les projets de développement de l’association? 

Laure Berthon: Nous réfléchissons à la mise en œuvre d’un programme centré sur l’agroécologie afin de lutter contre les intrants chimiques qui envahissent progressivement les terres cultivables… Pour cela, notre équipe burkinabè a participé aux rencontres/formations à l’agroécologie qui ont eu lieu en février dernier au Burkina avec la fondation Terre & Humanisme en présence de Pierre Rabhi.
Nous avons aussi mené une enquête auprès de nos bénéficiaires afin d’évaluer la pertinence du développement d’un programme sur ce thème et l’impact de nos actions dont les résultats sont consultables sur notre site internet.

WeLab: L’ambition de WeLab est de diffuser des infos positives. Peux-tu partager avec nous une ou deux bonnes nouvelles qui concernent CCSA ou le Burkina ? 

Laure Berthon: Une bonne nouvelle pour le Burkina Faso? Je dirais la force de son peuple et sa victoire pour la démocratie !
En effet, ce pays est devenu un exemple pour la démocratie en Afrique de l’Ouest. La population a mené en octobre 2014 une véritable révolution populaire pour mettre fin aux 27 ans de pouvoir du président Blaise Compaoré. Elle a ensuite réussi à arrêter en quelques jours le coup d’état du Général Dienderé en septembre dernier. Enfin, un nouveau président a été élu il y a quelques semaines par le biais d’élections démocratiques et sans aucun heurts. Le Burkina Faso est aujourd’hui un exemple pour de nombreux pays africains et porte bien son nom de « pays des hommes intègres »!
Une bonne nouvelle pour CCSA ? L’affection que nous portent les professionnels des ânes en France! Nos actions ont été relayées dans le magazine spécialisé « Les cahiers de l’âne » en mai 2014 : un véritable gage de confiance pour nos actions. Nous travaillons aussi depuis peu, avec France Anes et Mulets, fédération des éleveurs et utilisateurs professionnels des ânes, qui nous a notamment invité sur le salon du cheval à ses cotés et réfléchit avec nous au développement de nos programmes​ solidaires​.

Par Céline Beaufils

Bienvenue à Transpolis

D’ici 2018, une ville-laboratoire devrait voir le jour pour y tester  grandeur nature toutes les innovations en terme de mobilité urbaine. S’étalant sur 80 hectares et située non loin de l’agglomération lyonnaise, Transpolis sera le lieu d’expérimentation idéal pour inventer la ville du futur.

La mobilité urbaine, un enjeu de taille

En 2050, 70% de la population mondiale habitera en ville. C’est dire l’importance à venir de la mobilité, au sens large du terme. Partout dans le monde, les agglomérations devront faire face à des problématiques liées à la pollution, à la congestion des réseaux de transport mais aussi au vieillissement de la population.

Nos sociétés sont à l’aube de mutations majeures: le monde du travail est en pleine ré-organisation, notre rapport au temps change grâce aux nouvelles technologies et notre besoin d’équilibrer vie pro et vie perso se fait de plus en plus pressant. L’environnement prend également une place capitale, et l’utilisation systématique de la voiture devient presque obsolète. Partout, les infrastructures de transport ont pris du retard dans leur développement et ne sont plus toujours adaptées aux besoins de la population. Les villes n’auront bientôt pas d’autre choix que d’accompagner cette transformation. Mieux, elles devront l’encourager, sous peine de devenir invivables.

Transpolis permettra d’expérimenter à taille réelle des innovations telles que les voitures autonomes et connectées, la gestion dynamique des parkings ou la gestion des flux urbains. La ville-laboratoire considère la mobilité au sens large du terme, car elle compte aussi s’intéresser aux éclairages urbains, aux stations de recharges multi énergie… Bref, tout ce qui rendra la ville du futur plus dynamique et « intelligente ».

 

Transpolis, un projet unique

Cocorico les amis! Avec ce projet d’une envergure inédite en Europe, la France et la région Rhône-Alpes en particulier se positionnent à la pointe de l’innovation en matière de Smartcity et de mobilité urbaine, un secteur hautement stratégique et en plein développement.  Avec un budget  total de 20 millions d’euros, Transpolis a pour objectif d’associer acteurs publics et privés pour développer des solutions durables et inventer les nouveaux modèles économiques qui viendront les soutenir.

Ainsi la particularité de Transpolis, c’est que le site permettra d’aborder chaque problématique de manière systémique, c’est à dire en considérant l’environnement urbain comme un tout, un ensemble cohérent et indissociable. Les collectivités et pouvoirs publics seront alors régulièrement conviés à venir y découvrir les dernières innovations.

C’est donc logiquement que la région, le Grand Lyon et le département ont  participé au financement de ce projet. L’objectif affiché est de créer un pôle technologique majeur et de voir se développer autour de Transpolis un réseau de startups et d’entreprises. Il s’agit donc aussi d’un projet industriel capital pour le territoire.

Par Céline Beaufils

Trois inn-EAU-vations inespérées

Quand on est à l’eau, il faut nager, nous dit un proverbe québécois… Alors que nous faisons face au plus grand défi écologique de tous les temps, partout dans le monde des Géo-Trouvetout s’attellent à inventer des technologies écologiques et durables. Voici trois projets, pourtant très techniques, qui nous donnent envie de dire: « Elémentaire, mon cher Watson ».

(suite…)